Durant les heures ou Eudes d'Aquitaine essayait de convaincre le roi de se joindre à son projet. Plectrude avait regagné, pleine de rage, son hôtel de Herstal. Plectrude n'eut pas le temps de mettre un pied sur le sol de sa demeure, que déjà elle hurlait à tue tête, toujours hors d'elle, elle avait déjà préparé sa vengeance sur Charles.

- Thierry ! Thierry ! Criait-elle d'une voix grave, presque masculine. Mais où est donc ce jeune niait?

Une dame apparu en courant dans le couloir, elle était jeune, vêtue comme une servante et manifestement impressionnée par l'aura de sa maîtresse.

- Monseigneur Thierry est à la chasse il ne restera pas avant plusieurs jours.

Plectrude s'emporta une fois de plus.

- A la chasse? Dans un moment pareil? Mais ne sait-il donc pas que le sort du royaume se joue peut-être.

- Je peux le faire chercher si vous le désirez?

- Et comment? Vous ne l'avez pas encore fait? Voilà déjà un bon instant que je suis ici et il ne sait toujours pas que je l'attends? Mais vous ne serez pas longtemps ma lingère si vous vous conduisez comme une vilaine !

La pauvre jeune fille, après s'être fait sévèrement tancé, repartit en courant, comme elle était venue, la peur en plus.

Toujours en colère, Plectrude se dirigea ensuite vers son petit salon, l'endroit où elle tenait conseil généralement et s'allongea dans le grand lit qui se trouvait au milieu de la pièce.

Plectrude avait le sang chaud, elle était impulsive et violente, mais elle avait une grande intelligence. Elle savait que pour garder une longueur d'avance sur Charles, il fallait agir rapidement. Elle ne resta pas longtemps allongée. Après quelques instants de méditation silencieuse, elle actionna un long ruban de soie reliée à une clochette, l'instant d'après un homme élégamment vêtu entra.

- Madame a sonné? Demanda-t-il avec révérance?

- Je désire faire mes soins apportez-moi mes onguents et de l'eau.

le jeune homme ne put s'empêcher de sourire.

C'était un jeune garçon d'environ dix-huit ans, les yeux bleus, la tête blonde, les épaules larges. Il avait une allure de noblesse naturelle, malgré sa pauvreté, il prenait un soin particulier à son apparence, ce privant régulièrement de nourriture en échange d'un bel ornement.

Depuis qu'il était entré au service de Plectrude, il y a six mois, Hector d'Aix allait de surprises en surprises. D'abord, entré comme valet, sa jeunesse et sa beauté lui valurent de devenir aussi l'amant de Plectrude. Il était plus un jouet qu'un amant, mais ce favoritisme dont il était le bénéficiaire le flattait et l'arrangeait bien. Lui qui était arrivée de la ville de Liège il y a un an sous la recommandation de Monseigneur l'évêque Hubert. Il avait été placé par l'évêque sous la condition secrète qu'il lui fasse parvenir le maximum d'informations. Il avait fait mieux que ça, après tous, les meilleures informations ne se prennent-ils pas dans un lit ?

Hector fit prestement préparer les eaux pour sa maitresse, il donnait ses ordres comme s'il était l'homme de la maison. Chaque fois que Plectrude le faisait appeler son égo augmentait de façon démesurée, il se voyait à tour de rôle prince, puis roi. S'imaginant faire trembler les seigneurs francs rien quand prononçant son nom.