Quand cette grande jeune femme, d'environ 35 ans, entra dans le petit salon du roi. Elle était déterminée à en finir. Plectrude n'était pas à proprement parler une jolie fille, elle était intelligente, charmante peut-être, mais elle n'avait rien avoir avec la beauté d'Alpaïde sa grande rivale et seconde épouse de son mari, Pepin. Heureusement pour Plectrude, la mère de Charles était décédée quelques années plus tôt, la laissant comme unique dépositaire de la pensée de son mari. Au prix d'une année d'intrigues et de manipulations, elle avait réussi à persuader le roi Dagobert III d'enfermer le duc d'Austrasie. Une année durant, avec l'aide de faux témoins, elle avait pratiqué un vrai lavage de cerveau auprès du roi. Tout était bon pour le discréditer. On comprend mieux la rage qui animait cette jeune femme lorsqu'elle apprit que le roi l'avait fait libérer. Lorsqu'elle entra dans la salle du trône, elle avait la ferme intention d'abattre ce jeune roi inutile qui lui avait fait un affront incroyable. Pourtant, en le voyant si sérieux et si attentif aux paroles de ses vassaux, elle eut encore un sentiment de pitié.

- Sire! Dit-elle sans prêter la moindre attention aux personnes qui l'entouraient. Prenez mes terres, faite de moi ce que vous voulez, ma vie n'a plus de sens si mon roi n'a plus confiance en moi.

- Allons, madame, dit le roi d'un air hautain. Vous aurais-je fais du tord?

Perclude s'était assise juste à côté de lui, comme elle en avait l'habitude. Elle ne parlait pas au roi comme un vassal parle à son suzerain. Elle s'adressait à lui comme à un égal. Le jeune âge du roi ne facilitait pas ses relations avec les autres et le fort caractère de la veuve de Pepin de Herstael avait de quoi impressionner.

- Vous m'avez fait du tord, dit-elle d'une voix ferme, en faisant libérer le Duc d'Austrasie.

- Libéré dites-vous? On vous a mal renseigné dit fébrilement Dagobert.

- Alors, j'attends vos explications.

- J'ai reçu la visite du conte de Haiseul, il m'a parlé de l'envie de Charles d'entrer en religion. Vous savez comme je suis soucieux de ces choses. J'ai donc accepté cette demande.

Plectrude se leva d'un bon. Elle était ivre de colère. - Et vous l'avez cru? Hurla-t-elle ! Mais ce chien s'est joué de vous. Vous n'êtes qu'un niait Dagobert.

Le roi était fort impressionnable, il avait pourtant, de temps en temps des crises d'autorités qui ressemblaient plus à des caprices d'enfants gâtés qu'à des réactions d'adultes responsables. Lors de ces moments, malheur à celui qui en était la victime. Car Dagobert était capable de tout.

- Madame, cria-t-il sur le même ton que Plectrude. je ne tolérerais pas plus longtemps que vous vous défiez de moi. Je suis le roi et non un de vos valets. Par conséquent, je vous saurais gré de ne plus remettre en cause mon autorité.

Madame de Herstal n'en pouvait plus! Elle saisit le roi par le col de sa tunique bleutée et s'apprêtait à le gifler. Soudain, semblant se rendre compte de ce qu'elle allait faire, Plectrude enleva sèchement sa main et quitta la salle dans un grand fracas.

- Méchant petit roi, dit elle en sortant de la grande salle du trône du château de Compiègne.

En partant, elle n'avait pas remarqué dans l'ombre de la salle qu'un homme n'avait rien raté de cette conversation. Il s'agissait d'Eudes d'Aquitaine. Le duc était un des fidèles de Charles d'Austrasie et grand rival de Plectrude.