Enfermé dans les douves froides et humides de son donjon situé non loin de Herstal, Charles Martel enrageait. Ce jeune homme de 29 ans venait de perdre son père et avait été mis au secret par sa belle-mère, Plectrude, afin d'être écarté de la charge de maire du palais, l'une des plus hautes fonctions du royaume Franc. Il maudissait sa mère, maudissait son père crachait tout son dégoût envers les traitres qu'ils l'avaient menés ici. Depuis deux mois qu'il était enfermé, Charles avait déjà envisagé mille et un scénarii afin de se venger de la plus cruelle des façon.

- Maudite soit cette catin de Plectrude ! Que la lèpre lui mange la face, que les cochons en fassent leur festins! Hurlait-il en tournant dans son cachot. L'homme était de bonne taille, les cheveux sombres, le front large, les traits fins, il portait la belle et longue barbe noire qu'il lui donnait facilement quelques années de plus. Bien qu'encore jeune il se tenait légèrement vouté ce qui augmentait encore son image d'homme vieux. Pourtant, lorsqu'il chevauchait son étalon ou qu'il était au combat, Charles de Herstal montrait toute sa vaillance.

La situation politique en cette époque reculée du VIII e siècle était fortement complexe. Le souverain du royaume franc était Dagobert III un tout jeune souverain qui avait tout juste quinze ans. Comme il est mineur les maires du palais se partage le pouvoir. De ces hommes avides d'argents et de pouvoirs la famille des Pepinides était la plus efficace.

Jusqu'à sa mort Pepin de Herstal était l'homme le plus puissant du royaume. Charles aurait voulu poursuivre son oeuvre et garder le pouvoir dans sa famille. Sa belle-mère en a donc décidé autrement. L'histoire aurait pu s'arrêter là, si par ce beau matin de l'an 715, Henri de Longspy n'avait pas pris fait et cause pour son ami et suzerain.

Quand il arriva au château de Herstal, Henri fut accueillit par deux hommes d'armes visiblement fatigué par une longue nuit de garde.

- Halte qui vive! Cria l'un deux.

- Je suis le conte d'Haiseul, je viens m'entretenir avec le Duc D'Austrasie.

- Madame de Herstal a formellement interdit toutes visites au Duc. Fit l'homme d'une voix ferme et en prenant bien soin de fixer son interlocuteur dans les yeux.

Le conte d'Haiseul sortit un parchemin de sa poche et le présenta au soldat. Il désigna du doigt le sceau royal qui le scellait. Il reconnu la marque de Dagobert III. Aussitôt l'attitude des deux gardes changea et ils se montrèrent très docile et respectueux. Les deux hommes emmenèrent Henri dans les donjons. Les deux gardes présentèrent leur invité surprise au geôlier à qui il fut ordonné d'ouvrir la porte de la cellule renfermant le conte Charles.

Quand les deux hommes furent enfin seul ils tombèrent l'un et l'autre dans les bras se regardant longuement comme pour inspecter que le temps n'avait laissé aucune empreinte néfaste sur eux. - Mon bon Henri, fit Charles en regardant son ami de haut en bas. Ah que je suis heureux de te voir. Mais que viens-tu faire dans ce Taudit?

- Monseigneur ! Dit Henri avec déférence. Je suis ici sous la volonté du roi. Il accepte votre demande d'entrer en religion et m'a chargé de vous servir d'escorte.

Le conte d'Austrasie eu d'abord envie d'hurler à l'infamie, jamais de son plein gré il n'entrerait en religion. Il s'apprêtait à renvoyer son ami quand il aperçût un sourire au coin de sa bouche. C'est alors qu'il réalisa.

- Sacrés coquin, aurais-tu réussi à convaincre cet imbécile que je voulais me faire moine?

- C'est exactement ça monseigneur. Vous savez comme il est influençable et pieu. J'ai réussi à le persuader que vous vous étiez repentit de vos pêchés et que vous aspiriez à prier dieu le reste de votre vie.

- Et ce niait t'as cru. Oh mon gentillet, comme tu es habilles. Charles s'était assis sur une pierre qui traînait dans le coin de sa cellule. A sa façon de se tenir et au comportement révérencieux du conte Henri, on aurait pu croire qu'il était un roi écoutait l'un de ses sujets. Il prit quelque instant avant de poursuivre sa conversation. On aurait dit qu'il échafaudait une stratégie à la vitesse de l'éclaire.

Dit-moi, poursuivit-il. Est-ce vrai ce que l'on dit? Que le royaume tout entier est au bord de l'implosion? Que Plectrude n'as plus aucun crédit et que sa déroute est proche?

Henri s'approcha de Charles et mis un genou à terre. Il porta ensuite sa droite sur son coeur et pris sa posture la plus imposante et la plus chevaleresque.

- Monseigneur, dit-il, nous, vos barons feront tout pour que ces mauvaises paroles se transforme en acte. Nous marcherons vers la mairie et vous rendrons vos places au palais.

Charles se leva et tandit son bras à son ami.

de cette rencontre au fond d'une geôle au fin fond de la Flandre, allait naitre un destin qui allait changer la face du royaume franc à jamais.