La Vieille femme fini par me faire entrer. Pour des commerçants, cette famille semblait particulièrement pauvre. Il devait certainement avoir pactisé avec le diable pour avoir autant de malheur. Le maitre de maison, un dénommé Jean se dressa soudain devant moi dans une posture de défis. Son regard était remplit de haine et de tristesse. Je ne comprenais pas ce qu'il me voulait. Son dialecte était aussi incompréhensible que celui de sa femme.

- Mon gars, t'on Roy il a causé assez de peine chez nous. Ch'te demande te quitter les lieux.

Quel accueil ! Moi un représentant du roi, un homme désigné par le garde des seaux lui-même, qui fait l'honneur à cette famille de se pencher sur la mort d'une de leur pucelle, je suis chassé? Le roi était décidément bien généreux d'accorder du temps à des banalités. Après tout le coq passe-t-il du temps à comptabilisé les vers de terre morts? Non, il s'en sert et c'est tout.

Mais allez dont expliquer ces choses-là à une famille qui vient de perdre des enfants.

Je réussis cependant à calmer mon vis-à-vis et à lui poser quelques questions. Je vous rassure, comme moi il trouvait particulier qu'un émissaire du roi s'intéresse à la mort de jeunes femmes sans nom et sans fortune.

- Alors, mon brave savez-vous qui a pu tuer votre enfant.

- Est-ce bien vrai que je peux vous dire la vérité? Demanda-t-il légèrement anxieux

- Ah ça oui, criais-je. Je ne suis pas venue de Paris juste pour entendre la recette de pommes farcies de votre cousine.

L'homme éclata en sanglot.

- C'est moi ! fit-il les deux mains posées sur sa tête comme pour prier.

- Vous voulez dire que vous avez tué votre fille? Et que vous l'avez jetée nue dans une ruelle?

- Pas exactement, je vais vous expliquer.

L'homme commença son long monologue et me parla de ses problèmes d'argents, sa fille était atteinte d'une maladie des poumons et n'en avait plus pour très longtemps à vivre. C'est alors qu'il eut l'idée de proposer sa fille en mariage à un riche banquier lombard. Ce dernier afin de sceller leur union a versé une forte somme d'argent au père de la jeune fille. Mais Marie ne pouvait pas mourir de maladie, le père aurait du rendre l'argent. Voilà pourquoi il a imaginé de tuer une autre fille avant sa Marie. La troisième étant juste pour le plaisir de tuer, il n'y avait pas de raison.

Que faire après de telle révélation? J'avais ordre et pouvoir de punir tout assassin, mais qu'elle était la juste peine?

- Que vais-je faire de vous? Demandais-je au criminel.

- Que voulez-vous que je vous réponde? J'ai tué trois femmes, le châtiment c'est la mort.

- J'en conviens cher monsieur, mais je suis une personne civilisée et je voulais connaitre votre avis.

- Je sais que l'archevêque de Reims va bientôt faire condamner les templiers et Jacques de Mollet en personnes. Je vous propose de lier mon sort à celui-ci.

- Eh bien s'est entendu répondis-je soulagé que toute cette affaire ce termine enfin. C'est Dieu par l'action de l'archevêque qui déciderait du sort de mon premier coupable.

Le pauvre homme pensant éviter la mort ne se doutait pas que Jacques de Mollet allait se révolter contre sa condamnation. Il finit brûlé sur l'île aux Juifs. Non sans hurler une malédiction qui restera longtemps dans les mémoires. Mais c'est une autre histoire

Fin