Deux barres ! Un statut social déterminé par deux barres. Je les reçus du soldat en charge des fournitures. On y trouve tout ce qu'un bon soldat à besoin pour survivre. Des munitions, quelques uniformes et certaines médications de bases. Il fournissait aussi parfois quelques morceaux de chocolats.

Pas question d'entrer dans ce lieu saint sans un ordre écrit d'un officier. Les munitions, bien qu'en nombre suffisant étaient hyper contrôlées. Une fois mes galons reçus, j'ai profité du repos accordé pour faire le tour de notre fort. Je voulais me familiariser le plus possible avec tout ce qui composait le fort de Loncin, vu qu'il était très clair que je devrais livrer combat dans ces lieux, il était impératif que j'en connaisse ses moindres recoins.

La forme globale du fort était triangulaire. L'activité principal du fort se déroulait dans la cours, un grand espace ou tous les soldats pouvaient se retrouver à l'abris approximatif du feu ennemi.

Autour on retrouvait naturellement les corps de gardes et les tourelles de défense. Les saillants, sorte de grandes tranchées séparant le coeur du fort aux abords extérieurs de celui-ci, étaient larges d'une dizaine de mètres et fort intimidantes quand on regardait les hauts murs qui nous serviraient de protections lors de l'attaque de l'ennemi.

Nous étions répartis en équipe de tels sortes que les saillants étaient toujours occupés par une poignée d'homme. De même que les tourelles étaient toujours occupées pour pourvoir agir rapidement en cas d'attaque.

Le capitaine Naessens était petit, trapu, avec une tête très énergique et des yeux bleus d'acier, au regard scrutateur. Il était adoré de ses soldats. Même moi, qui le connaissait depuis quelques heures seulement, j'éprouvais pour lui un profond respect. Il donnait ses ordres comme si nous étions à la veille d'une grande kermesse sans alarmer ses hommes, mais en n'oubliant pas de leur rappeler qu'en le servant ils servaient le roi et tout le peuple belge.

Le capitaine envoyait régulièrement des soldats en mission à Liège, afin d'être tenu au courant des mouvements des troupes. Il était ainsi en contact presque direct et journalier avec le général Léman. En tant que caporal, une mission me fut rapidement confier. Je devais me rendre au fort de Barchon avec deux hommes et escorter un convois de munitions. J'étais ravis de cette mission, j'allais enfin pouvoir agir. Je pris comme second mon camarade Gaston ainsi que le soldat Albin, un charmant compagnon qui s'était tout de suite porté volontaire. Trois hommes, une voiture et un chauffeur et mon escorte était formée.

Le trajet vers de fort de Barchon n'était pas très long. La ligne de défense de Liège étant prévue pour faire un barrage efficace sur une ligne d'une vingtaine de kilomètre. J'ai suivi les conseils de Gaston et nous suivîmes un trajet légèrement courbée si bien que nous arrivâmes au fort par Dalhem. Le voyage se passa sans incident et peu avant 22h ce 3 août nous demandions l'autorisation d'entrée dans le fort de Barchon.

La sentinelle de garde nous laissa entrer, après avoir vérifié nos papiers et notre ordre de mission. Il nous indiquât le centre du fort ce qui nous obligea a passer par les logements de nos camarades.

Ce fut l'Adjudant Verdcourt, le responsable du matériel, qui nous reçus. C'était un homme méticuleux et très charmant.

- Alors ? Nous dit-il en souriant Qu'apportez-vous là? De la bonne bière ? Du fromage de Herves ? Des jambons d'Ardennes?

- Hélas non chef ! Lui répondit Gaston d'un ton tout aussi amicale.

- Ce sont des munitions du fort de Loncin que nous vous apportons conformément aux ordres de Monsieur Naessens. Enchaînais- je de la voix la plus douce et respectueuse possible.

Il nous regarda d'un air étonné puis s'approcha de notre voiture afin d'examiner le contenu de notre coffre. Il commença par prendre un pied-de-biche pour faire sauter les clous qui gardaient la planche de couvercle solidement attaché à la caisse. Quant-il eu terminer de retirer la moitié des clous, il eut suffisamment d'espace pour soulever la planche sans pour autant ouvrir totalement la caisse. Il y jette un rapide coup d'oeil à l'intérieur et sorti une bottine.

- Hé bien, me dit-il, vous avez fait tout ce chemin pour m'apporter des bottes ?

Il se retourna vers Gaston et Thierry Albin et leur donna l'ordre de mettre la caisse dans le dépôt. Il les regarda un instant pour s'assurer que les deux camarades s'exécutaient bien, puis il revient vers moi.

- Caporal ! Dit-il. Suivez-moi chez le Géneral Léman.

Je n'avais pas remarqué qu'il avait gardé une botte elle était grise et pleine de boue. Je ne connaissais pas ce modèle.

Arrivé devant la porte du bureau du général il m'ordonna d'attendre et entra seul la bottine à la main.

Je ne restai pas seul longtemps, un lieutenant entra à son tour dans le petit hall vient vers moi l'air interrogateur.

- Dites-moi caporal, le général Léman est-il dans son bureau?

- Oui mon lieutenant je crois, j'attends les ordres qu'il me donnera.

-comment "vous croyez"? Qu'attendez-vous là alors?

- L'adjudant Verdcourt qui est entré mon lieutenant.

Il me dévisagea un instant puis repris son questionnement.

-D'où venez vous? Je ne vous ai jamais vus dans le fort !

- je viens du fort de Loncin d'où j'ai reçu l'ordre du capitaine Naessens d'apporter une caisse de munitions, qui s'est avérée contenir des chaussures.

Le lieutenant devint pâle, il voulu être certain d'avoir compris ce que je lui disais. Une fois qu'il s'en était assuré, il entra précipitamment dans le bureau du général.