La nuit du 2 au 3 août se passa donc ainsi ! Nous avons placé des mines et de la poudre partout. L'ingénieur Delattre avait donné ses ordres de tel sorte que la moindre petite étincelle pouvait produire un vrai carnage. Secrètement, j'espérais que ce dispositif allait faire reculer voir renoncer les Allemands.

Au début nous n'étions pas vraiment organisés, chacun voulant trop bien faire pour être efficace. Comme j'avais de l'expérience dans l'organisation, après tout n'étais-je pas épicier ? Je proposais à mon Sergeant de le seconder dans sa tâche de commandement. Celui-ci commença par refuser puis, voyant que mes conseils s'avéraient judicieux, il s'approcha de moi et m'appela en me tapotant l'épaule.

- Hé bien soldat, on dirait qu'effectivement tu as le sens pratique. Tu es un meneur d'hommes toi !

- sergent, vous savez dans mon métier on doit avoir le sens de l'organisation. Si tout le monde agit n'importe comment on n'avance pas.

Le sergent Mathieu garda un moment le silence. J'étais un peu mal à l'aise, je voulais rejoindre mes camarades à l'ouvrage. Puis, il chercha un calepin dans sa poche et y griffonna quelques lignes.

- c'est quoi ton nom? Me fit-il d'un air distrait.

- Lucien Willem ! lui répondis-je perplexe.

- He bien Willem te voici donc caporal. Je ferai valoir ton grade dès que nous serons à Loncin. Mais considère que c'est acquis !

Gaston qui comme de coutume n'avait pas perdu un mot de notre conversation attendit que je salue militairement le sergent pour venir me parler le sourire aux lèvres

- Alors caporal ! me cria-t-il en me serrant la main. Félicitations !

- Je devrai peut-être refuser. Je n'y connais rien moi aux trucs militaire

- T'en fais pas me dit-il en me donnant une tape dans le dos. Si les caporaux étaient intelligents ça se saurait. Contente-toi de faire de ton mieux.

Tous les camarades furent aussi unanime. A leur yeux j'étais le meilleur choix possible.

Au petit matin, je donnais mes derniers ordres pour qu'on suive à la lettre le "plan Delattre". Nous étions tous exténués. Nous avions travaillés comme des fous pour pouvoir organiser la défense du royaume. Finalement, au bout d'une longue nuit de travail, le sergent Mathieu organisa le rassemblement de notre section.

- Messieurs ! dit-il d'une voix las. Le suis content de vous. Vous avez fait honneur à notre régiment. Je vous propose de prendre quelques heures de repos au fort de Loncin. Sachez que vos camarades n'ont pas cette chance, ils sont tous à notre frontière et attendent que l'ennemi la franchisse. Caporal Willem, organiser le rassemblement et la route vers Loncin.

J'obéis donc et ordonna à tous mes camarades de rassembler leur équipement et de marcher les quelques kilomètres qui nous séparaient du fort. Le trajet, comme la nuit passée fut un triomphe ! Nous étions entourés d'enfants, de femmes, de notables de toutes la région. Ils criaient "vive le roi", "vive la Belgique" "A bas l'envahisseur". Ces exclamations nous donnaient l'envie de mourir pour notre patrie. Certains d'entre nous chantonnèrent la brabançonne en flamand et en wallon comme des frères d'une même lignée.

En quelques heures, nous arrivâmes sans dommage au fort de Loncin.

Peu après notre entrée dans le fort, le capitaine Naessens, le commandant de Loncin, vient vers nous et nous interrogea.

- Qui êtes-vous et que voulez-vous?

Le sergent pris son air le plus solennel pour parler au capitaine

- Mon capitaine, je suis le sergent Mathieu. Nous venons en renfort sous ordre du général Léman.

- êtes vous brave? Demanda-t-il?

Le sergent mis sa main sur le coeur et leva l'autre dans les airs il se retourna un bref instant vers nous puis regarda à nouveau le capitaine Naessens.

- Mon capitaine, je suis absolument certain que mes hommes vous feront honneur.

- Soit il me reste encore un peu de places pour des braves. Reposez-vous quelques heures puis prenez vos ordres auprès de l'officier de quart.

- Merci monsieur, enchaîna le sergent. Je tiens aussi vous à proposer au grade de caporal un de mes hommes qui s'est révéler précieux ces derniers jours.

- Et qui est-il?

- Il s'agit du soldat Willem, mon capitaine.

Le sergent me désigna et je fis quelques pas en avant afin de me présenter. Le capitaine s'approcha de moi me dévisagea un moment. Puis se retournant vers le sergent il dit:

- Je n'aime pas que mes hommes aient un uniforme incomplet. Emmenez-le au magasin et donner lui un uniforme de caporal.