Le sergent pris de suite la parole. Le sergent Mathieu était un homme grand et costaud, les cheveux noirs, de grand yeux ronds et verts, un nez fin et allongé et une belle bouche gourmande. Il portait bien évidemment l'uniforme réglementaire, mais avait rajouté un petit drapeau national, qu'il avait cousus sur la poche de sa veste, côté coeur.

étant donné le contexte, personne ne lui avait fait la moindre remarque.

- Soldats, vous partez sur l'heure rejoindre vos camarades dans la ville de Liège. Certains iront au renforcement des fortifications sous le commandement du sergent Van Messelen, les autres iront sous mon commandement rejoindre le capitaine Naessens au fort de Loncin. Mais avant, nous irons détruire quelques ponts.

Contrairement à ce que j'aurais crus, personne n'a protesté, personne n'avait l'air effrayer à l'idée de sortir et de potentiellement rencontrer l'ennemi.

- Ceux dont les noms suivent, prépareront leur paquetage et partirons avec moi: Albin, Berchaud, Boulard, Bienot, Carima, Cranenbrouck, Delisse, Fievet, Marsoin, Lisac et Willem !

Chacun d'entre nous, à l'appel de notre nom, répondions par un "oui sergent". Nous quittâmes ensuite le peloton pour aller chercher nos armes et nos sacs de voyage.

Les préparatifs ne traînèrent pas. Nous n'avions pas encore pris nos aises et les sacs étaient à peine déballées. Pendant ce temps mes camarades débattaient dans des discussions parfois sans le moindre sens. Chacun allait de son petit scoupe, croyant détenir une information officielle.

- Tu sais Delisse ? Dit l'un des soldats à côté de moi

- Non, quoi Marsoin? Répondit-celui-ci

- Le cousin de ma femme travail à Anvers et a pu me faire parvenir un message. Il parait que les boches vont attaquer par le nord. Nous n'aurons donc pas à craindre une invasion pour le moment.

Delisse lui souris poliment et ne continua pas la conversation. Ce qui sembla déplaire à Marsoin qui continua à préparer ses affaires dans un silence boudeur. Gaston, qui n'avait rien manqué de la scène, voulu intervenir.

- Alors, comme ça ton cousin travail à Anvers?

Marsoin qui n'attendait qu'une occasion pour reprendre la conversation et se faire valoir auprès de ses camarades, saisis la balle au bond et enchaîna.

- Oui, il est docker ! et il rencontre pas mal de gens de tous les pays. Il est certain que l'attaque se fera par là.

- Eh bien souhaitons, lui fis-je.

Nous continuâmes à nous préparer en silence. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvions dans la petite cour pour former notre escadron fort de douze hommes.

Notre sergent ne tarda pas à donner l'ordre de marche et nous partîmes la joie au coeur vers la Meuse et ses ponts.

Arrivé aux abords de la ville, la population nous acclama en masse. C'était incroyable, malgré le fait qu'il était passé minuit, des femmes, des enfants, des vieux, des jeunes nous accueillaient avec enthousiasme. Le sergent dû même repousser certains civils qui voulaient se joindre à nous. En voyant cette ferveur et ce patriotisme je me suis dit, qu'il était hors de questions de laisser qui que ce soit violer notre neutralité. Notre nation était tellement belle qu'elle mériterait de durer éternellement. C'est probablement à cet instant que je suis rentré en guerre pour la première fois.

Cette soirée là, la nuit était fort sombre, mes yeux, probablement dû à la fatigue, ne distinguaient plus les silhouettes. Je ne vis donc pas l'ingénieur qui se présenta à nous et qui nous donna les ordres pour la destruction des ponts.

- Bonsoir à tous ! dit-il

- Je suis Monsieur Delattre, je suis l'ingénieur qui a reçu la mission de barré la route aux allemands. Vous allez me couper tous les arbres que vous voyez et les mettre en travers de la route où vous vous trouver. Ensuite vous y placerez des mines et de la poudre. Il est impératif que vous mettiez le maximum de pièges de ce genre entre la frontière et les forts. Le sergent me dit que vous serez affecté à Loncin, Vous n'aurez donc pas l'honneur de faire partie de la première ligne. Il est de votre devoir de les protéger.