La soirée se passa dans le calme, mis à part les ronflements de mes camarades. Durant cette première nuit, je repensais à ce que m'a dit mon voisin avant mon départ "cette guerre ne devrait pas durer très longtemps, notre pays va recevoir l'aide des Anglais et des Français, ils n'ont aucune chance les boches".

Secrètement j'espérais qu'il ait raison. Je n'avais pas envie de me battre, ni pour protéger la France ni pour le roi.

Le lendemain, comme promis, le capitaine Van Pettegem et les deux sergents Mathieu et Van Messelen sont venus nous reveiller vers six heures du matin,tout douceur, comme vous pouvez l'imaginer.

On nous fourra un fusil entre les mains, nous expédiant les règles d'engagements et surtout, nous expliquant notre mission.

- Vous avez été affectés au fort de Liège et à sa défense. L'état major, comme je vous l'ai dit hier, pense à une invasion à partir d'Aix-la-Chappelle. Votre mission sera de surveiller notre frontière et de repousser toutes invasions.

Pendant le discours du capitaine, je remarquais une agitation de côté du QG du général Leman, le vieux comme certain l'appelait. Rapidement le discours du capitaine Van Pettegem passa complètement inaperçu quand un soldat sorti du QG en criant "c'est la guerre !". Rapidement le bon ordre qui régnait dans notre compagnie fit place au K.O le plus total. Même les sergents et le capitaine se précipitèrent vers le soldat. Finalement, pour ramener l'ordre au sein de la compagnie, le général Leman fit une déclaration. C'était un homme de taille moyenne, assez âgé, presque chauve avec une longue moustache blanche qui se terminait en pointe arrondies vers le haut.

- Mes amis, restez calme je vous prie. Il n'est pour l'heure nullement question de guerre. Son Altesse Impériale a posé un ultimatum à notre pays. Nous devons laisser passer l'armée allemande sur notre territoire faute de quoi ils attaqueront.

- Mais si le gouvernement refuse? Demanda un soldat anxieux

- Pour le moment je n'ai pas d'autre information. Je peux simplement vous dire que je suis certain que le roi sera fidèle à son serment et que vous ferez votre devoir qu'elle qu'en soit le prix. Retournez à vos baraquements, j'accorde quartier libre à tous pendant deux heures.

L'autorité du général était indiscutée et indiscutable. En donnant ces deux heures de repos aux hommes, il venait de s'assurer de leur soutient en cas de coup dur. En déclarant que le roi resterait fidèle à son serment, les plus malins d'entres nous avaient compris. Nous étions en guerre. La seule chose que nous devions attendre c'etait l'affrontement avec l'armée ennemie...