Le lendemain, soit le 13 août, dès l'aube nous constatons à terrible frais l'entrée en action de l'artillerie lourde allemande.

Des tirs réguliers d'obus d'un calibre de 150 centimètres percutèrent nos murs. Nous étions paniqués, comme asphyxié

par la cadence des tirs. Le capitaine Naessens regardait, l'air perdu; son fort se démantibuler bric par bric sous l'effet des obus. Pour notre malheur, de temps en temps, un obus percutait un mur ou un toit et entraînait dans sa chute l'un ou l'autre camarades hurlant de douleur. En milieu de matinée deux de nos coupoles sont hors service, bien que notre puissance de feu était pour ainsi dire réduite à néant nous continuions à riposter comme nous le pouvions.

Le général Léman, qui de temps en temps se montrait aux hommes pour qu'ils gardent courage, fût émus aux larmes de notre bravoure.

- Monsieur, fit-il en s'adressant au capitaine Naessens, je vous avais demandé il y a quelques jours si vous répondiez de vos hommes. Aujourd'hui je peux vous dire avec fierté qu'ils ont tous fait plus que leur devoir.

Ces paroles, dites assez haut pour qu'un maximum de monde l'entende encouragea encore davantage notre armée. Tous redoublons d'effort afin d'opposer une résistance convenable aux allemands. Avec les bombardements et les troupes de fantassins ennemi de plus en plus proche de nous, il était devenu pratiquement impossible de sortir de fort. Aussi, le capitaine en concertation avec le général décidèrent de concentrer leur forces uniquement sur la défense du fort. Je reçus donc l'ordre de veiller à l'étanchéité des fortifications. Avec l'aide de deux hommes, nous rassemblons bois, cailloux, grava et caisses pour nous protéger au maximum. Plus les heures passaient et plus j'avais l'impression d'effectuer un travail inutile. Chaque fois que nous parvenions à réparer une pallissade, il fallait de diriger vers un autre endroit avant de tout recommencer. Même tous désireux de vendre fièrement notre peau, il était maintenant acquis que nous ne sortirions pas vivant de ce fort qui serait notre dernière demeure.

Il n'y avait aucun sentiment de révolte ou de résignation parmi nous. Nous savions que nous allions mourir à Loncin et nous l'avions accepté. Un peu comme un malade en phase terminal, il se sait condamné, mais tant qu'il est vivant il continue d'avancer. c'est dans cet état d'esprit que nous avons passé la journée, ripostant autant que nous le pouvions et assistant quasi impuissant à la destruction de notre forteresse.