Dès le matin du 12 août, les bombardements allemands furent terribles. Le bruit des tirs et la violence de ceux-ci contrastaient curieusement avec le calme de la veille. Gaston et moi courrions comme des fous, lui pour fournir en munitions ses camarades dans les bas reliefs du fort et moi pour communiquer les ordres du capitaine Naessen aux différents chefs de corps qui occupaient les coupoles de tirs. Nous ripostions coup pour coup. Chaque fois que les tirs de nos coupoles de douze centimètres touchaient leurs cibles de grands cris de joies retentirent dans toutes les directions du fort. Loncin ressemblait à une fête foraine. Nos soldats aussi insouciant que des enfants jouant avec une grenade, chantonnaient des airs gais pour se donner du courage. L'ambiance qui régnait ce jour-là était à la fois lourde et légère.

Soudain, la coupole nord cessa de tirer. Un tir ennemi venait de l'endommager. Vu la violence des tirs allemand il nous était impossible de la réparer. Notre seule possibilité était de faire feu avec nos propres armes ce que nous fîmes avec ténacité. La résistance que nous offrions était digne des plus grandes batailles de l'histoire. Tels les trois cents spartes résistants à l'envahisseur nous donnions le maximum pour préserver l'intégrité de notre territoire.

La journée se passa entre bombardement intense et rapide des Allemands et période d'accalmie. C'est durant un moment plus calme que Gaston, dont l'astuce m'étonnera toujours, parviendra à réparer la coupole. Si bien que quelques heures avant que la nuit ne tombe, nous pouvions à nouveau riposter de toutes nos forces. Au fur et à mesure que la journée passait, les ordres circulaient moins bien, étaient moins précis. Une sorte de chaos s'organisait petit à petit. Krantz l'avait remarqué et le capitaine Naessen aussi. Ce n'était pas dû au relâchement des soldats, mais plutôt à l'application que les Allemands mettaient à nous bombarder. Nous courrions tous un peu au hassard afin de réparer qui une coupole, qui une porte ou une arme... Nous étions désorganisés par la violence de l'attaque. De temps en temps nous pouvions apercevoir le général Léman passant en revue du regard ses troupes se battre avec la plus grande des énergies. A la lueur de cette journée il devenait évident que nous n'arriverions pas à tenir très longtemps quand l'ennemi nous attaquerait avec de l'armement lourd. Le Général et le capitaine le savaient, mais cela ne les empêchaient pas de donner leur ordre avec fermeté et malheur à celui qui ne leur donnaient pas satisfaction. Vers la fin de la journée nous constatons que l'entrée du fort est endommagée et le capitaine Naessens me donna l'ordre de procéder aux réparations en compagnie de mon ami Gaston. J'étais assez heureux de recevoir cette mission, cela me permettrait de discuter avec mon camarade et d'occuper mon esprit.

La réparation n'était pas vraiment importante et malgré le danger dû à notre exposition aux tirs ennemis, nous prenions notre temps. Notre stratégie était simple, Pendant qu'un camarade et moi, nous nous chargions de faire de guet, Gaston et Remy se chargèrent de la réparation de porte d'entrée.

- Alors, Gaston, chuchotais-je tout en regardant si aucun ennemi n'était dans les parages, tu crois que ces maudits allemands vont enfin nous laisser? Voilà des heures qu'ils déchargent sur nous tout leur puissance de feu. Ils le voient quand même que cela ne nous fait rien.

Tout en clouant des planches de bois afin de boucher les orifices créer par les obus allemands Gaston me répondait

- Cela leur sert, dit-il. A cause de leur bombardement nous ne pouvons plus sortir, nous sommes enfermés dans notre fort qui est bombardé sans relâche. Autant vous le dire mes amis tout est perdu.

A ce moment-là, Rémy voulu intervenir, il se redressa puis porta la main à sa gorge. Il devint pâle et ses yeux vitreux. Il agitait ses bras comme pour appeller à l'aide. Je me précipitais vers lui sans remarquer ses mains couverte de sang. Je le déposais sur le sol pour essayer de lui prodiguer des soins.

- Une balle ou un éclat d'obus hurla Gaston.

Remy se débattait toujours, mais déjà avec moins d'énergie. Il porta la main dans l'une de ses poches de pantalon et me présenta une lettre tachée de sang. Il chercha ensuite mon regard et me fixa durant des secondes qui me parurent des heures.

Il mourut comme cela, avant que notre médecin ne puisse intervenir. Rémy était mort en réparant le fort, dans un de ces relâchements cruels que la guerre offre parfois. Il n'y avait rien à faire pour le sauver, il n'était pas plus visé qu'un autre, c'était simplement son jour. Le capitaine Naessens ayant appris ce qui s'était passé ordonna que l'on place le corps à la morgue et promis de présider une cérémonie à la moindre accalmie.

Nous reçûmes deux minutes pour nous recueillir, les Allemands reprirent le bombardement.

La journée du 12 Aout se termina dans la tristesse d'avoir perdu un camarade. Malheureusement il ne sera pas le dernier.