Les rapports que les nombreux soldats, envoyés dans toutes les directions, rendirent au général n'étaient vraiment pas bon. Il n'était absolument pas question de retrait de l'armée allemande, mais au contraire d'avancée stratégique inquiétante. Toutes les premières lignes ennemies progressaient et un grand nombre se dirigeaient dans notre direction.

Si la journée du 11 août 1914 était calme, celle du 12 s'annonçait terrible.

Dès que je fus relevé de mon poste de garde, le maréchal des logis Kratz me demanda de l'aide afin de faire l'inventaire des munitions et de l'état de notre équipement. Si la tenue de nos soldats ainsi que leur patriotisme pouvait émouvoir aux larmes l'état de notre matériel pouvait faire douter le plus courageux des guerriers. Des canons vétustes, des obus en trop petit nombre, des coupoles pratiquement obsolète,... A la vue de notre équipement il était certain que la seule issus pour nous était soit la capitulation soit la mort. Mais il était hors de question de capituler. Ce serait livrer le pays tout entier à l'ennemi.

J'entrepris donc d'aider Krantz le mieux possible sans lui faire part de mes constatations.

J'avais aménagé la réserve de munitions de tels façon qu'il était très facile à n'importe qui de se servir et de se ravitailler. Naturellement, le soin de distribuer les réserves était attribué au Maréchal des Logis, qui veillait a ce qu'on ne gaspille pas trop ce qui nous restait. Bien que la guerre avait débuté depuis une semaine nos réserves étaient suffisantes pour tenir encore quelques temps, ce qui n'empêchait pas Krantz de garder jalousement nos réserves.

- Ce qui me fait vraiment peur, dit Krantz en écrivant une série de chiffres dans un calepin, c'est ce qui se passera si un obus allemand tombe sur l'armurerie. Nous serions pulvérisés. Je me demande si nous ne devrions pas descendre nos munitions à l'abris.

- Monsieur, répondis-je, pensez-vous vraiment que les Allemands peuvent nous atteindre autrement que par une attaque massive de leur troupe?

- Il faut espérer qu'ils soient assez stupides que pour ne pas nous attaquer avec leur artillerie lourde. Mais, franchement il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Pourquoi risquer la vie de leur homme alors que leur machine de mort pourront faire le travail sans risque?

Il y avait de l'amertume dans la voix de Krantz, comme si soudain, il avait eu envie d'appartenir à l'autre camps. Il resta un petit moment sans rien dire contemplant nos munitions puis me donna l'ordre de remettre son rapport au capitaine Naessen