La soirée et la nuit furent très calme. Nous en profitions donc pour nous reposer. Personne ne savait quand nous aurions l'occasion de profiter d'un autre moment de répis.

Gaston et moi décidions de passer cette nuit d'abord à la cafétéria ensuite dans l'une des pièces de l'armuries. Gaston, qui avait toujours un bon plan pour dénicher un bon verre et un bon fromage, me proposa de passer ces quelques heures de repos à jouer aux cartes et à déguster un délicieux chimay.

- Ce silence me fait peur. Dis-je en mélangeant les cartes. S'ils ne nous tirent pas dessus c'est qu'ils préparent un mauvais coups. A-ton avis pouvons-nous espérer qu'ils aient renoncé à nous attaquer?

- Je pense que ces salauds vont reprendre les bombardements assez rapidement, voilà pourquoi nous devons profiter un maximum du calme qui nous offre. Quand ils lanceront leur attaque, elle sera terrible. Nous aurons besoin de toutes nos forces pour pouvoir résister. lança Gaston d'un air étonnament sérieux

La pièce dans laquelle nous nous trouvions était très sombre. Seul une ou deux bougies nous éclairaient, les caisses de munitions et les obus nous servaient de tables et de chaises. L'odeur à mi-chemin entre poudrière et champignonnière ajoutait à l'ambiance. Pourtant, nous nous y sentions bien. C'était notre havre de paix, l'endroit où nous nous sentions invincibles.

La nuit passa comme ça, entre les jeux de cartes sans intérêt et les discussions sans véritable sens. Nous parlions de tous, d'argent, de cuisines, de filles, de littératures, de football,... Tous les sujets nous semblaient bons.

Au bout d'un long moment passé ainsi à parler de tous et de rien, nous finissons par nous endormir.

Seul les rayons d'un soleil déjà bien haut dans le ciel nous sortir d'un profond et salvateur sommeil. C'est Gaston qui, le premier, sursauta en sortant de sa torpeur.

- Mon dieu, fit-il en me tapotant l'épaule. Hé l'ami debout il est passé midi.

- Hein? Fis-je en bondissant des caisses de munitions qui me servaient de lit. Mais on ne nous a pas réveillé? J'avais pourtant signalé notre présence ici à l'adjudant.

- He bien soit ils sont tous morts, soit ils nous ont laissé dormir. Vient allons voir ce qui se passe dehors.

A notre grande surprise il ne se passait rien. Tout était calme et le capitaine Naessens ordonna diverses reconnaissances en direction des quatre points cardinaux. Quand je m'approchais du capitaine celui-ci me dévisagea comme s'il me regardait pour la première fois. Puis semblant enfin me reconnaitre il me désigna deux hommes du doigt et m'ordonna de prendre quatre heures de gardes à l'entrée du fort.

Ces heures passèrent comme le reste de la journée, comme dans un rêve. Nous étions tous à l'écoute du moindre bruits de fusil, du moindre grondement de canon. Mais rien arrivait, nous aurions pu croire que tout ce qui s'était passé les autres jours n'étaient qu'un mauvais rêve. Nous imaginions déjà que la guerre était finie, que les Allemands avaient renoncé à nous envahir. Certain parlait déjà de retour à la maison. Seul le capitaine Naessens et, naturellement, le général Léman restait concentré et attentif aux rapports des éclaireurs.