Ce que je vis me terrifia ! Les Allemands avaient réparé la voix. Le passage de l'artillerie lourde était maintenant possible. J'avais pris soins de prendre un petit calepin ainsi que d'une mine noire. J'observa durant une heure les allées et venues des troupes allemandes. Ceux-ci travaillaient dans une certaine joie, certain s'amusaient même à compter les détonations qu'on entendait au loin. L'armée belge les bombardait avec ce qu'il avait de plus puissant et eux en riaient. Je n'en revenais pas et ma rage envers eux ne fit que s'accroître.

Je notais donc toutes les informations que je jugeais utile et je me rendis en direction du point de rendez-vous que Krantz m'avait donné. Trois heures plus tard je regagnais le fort et fit mon rapport au capitaine Naessens.

Soudain, la vigie du fort nous signale qu'un petit avion de reconnaissance allemand s'était posé non loin de la piste d'aviation de Ans. Le capitaine ordonna un tir massif de shrapnells. Durant une bonne demie heure les murs du fort ont raisonné des tirs de nos troupes.

Le bruit était assourdissant. Je n'arrivais plus à respirer ni même à penser, il n'y avait que le bruit, terrifiant.

Les premières ripostes sérieuses eurent lieu le lendemain, dix août. Les Allemands bombardèrent le fort avec une trentaine d'obus de petits calibres. Ceux-ci ne causèrent que des dégâts minimes. "Tout juste bon a rayer la peinture" comme s'en amusait mon ami Gaston. Durant toute la matinée qu'à durée l'attaque allemande, Le général Léman et le capitaine Naessens devisaient sur la meilleure stratégie à suivre durant les prochaines heures. Ils décident qu'après les bombardements du matin une de nos patrouilles partira en reconnaissance. Ni moi, ni Gaston en faisions partie. Nous subissions donc les évènements pour la première fois depuis longtemps.

- Mais que croit-il, leur grand empereur là? Hurla Gaston. Il croit vraiment que c'est avec ces petits cailloux qu'il va ébranler la fiére et puissante nation belge?

Je regardais mon ami amusé. Je vivais dans un fort en compagnie de fous. A chaque Obus des camarades criaient les pire insanités à la destination de l'ennemis. Certains les traitants de sous races, d'autres de paysans sans cervelle. D'autres encore leur lançaient des injures en flamand que je ne comprenais pas. Juste après le bombardement, la patrouille est partie en reconnaissance.

Elle ne tarda pas à revenir en compagnie de quelques Ulhans qu'elle avait fait prisonniers. Elle nous apporta aussi une information très importante. En effet, le sergent Vanpeteghem avait repéré que des Allemands avait ouvert un poste d'observation dans le clocher de l'église du plateau d'Ans. Je reçus l'ordre de les déloger.

Je passais donc plus de deux heures à les bombardés, au début j'étais trop court, ensuite trop long. Mais une fois que j'eu réglé la bonne distance entre le fort et le clocher, celui-ci fut rapidement inutilisable par l'ennemi. Mais, quand tous mes camarades me félicitaient et que je fut porté par cette sensation d'ivresse qui nous traverse quand nous réalisons un exploit, le capitaine Naessens faisait grise mine. Je ne savais naturellement pas ce à quoi il pensait, à son regard on pouvait pourtant savoir qu'il était inquiet.

Mais ce n'est pas le rôle d'un soldat d'avoir peur. Nous suivions les ordres sans discuter persuadé que nos chefs savaient ce qu'ils faisaient. Nous avions une fois inébranlable en nos supérieurs et nous étions tous certain de souffrir pour la bonne cause.

La soirée et la nuit furent très calme.