Le lendemain, au matin, le maréchal des logis Krantz et moi, nous prenons une voiture et nous nous rendons à Liège. Pour nous permettre le passage dans un calme relatif, le fort avait cessé tous les tirs en direction du chemin que nous devions prendre.

Sur la route, c'était une cohue indescriptible. Des femmes, des enfants, des vieux et même des animaux envahissait les chemins en direction du fort. Certains voulaient se porter volontaire, d'autres voulaient se réfugier à l'abri de nos canons. D'autres encore cherchait simplement à apercevoir un soldat allemand par curiosité. Tant bien que mal Krantz qui conduisait notre voiture se fraya un chemin.

- Tous des fous ! Fit Krantz en appuyant sur l'avertisseur.

Je ne répondis pas, je ne savais pas quoi dire. A la vue de ces gens, qui euphorique ou paniqué, courraient sur les rues, j'éprouvai un sentiment spécial de la joie et de la fierté d'assister à un évènement historique et unique, mais aussi de la peur. J'avais peur pour ces personnes, dont la vie dépendait en partie de moi. Mais je ressentais aussi des craintes par rapport à ma propre vie. Je ne voulais pas mourir en héros, je voulais simplement faire mon devoir et essayer de limiter les dégâts.

Soudain, au milieu du trajet nous croisons un sergent en compagnie d'une petite troupe composée d'une poignée d'hommes. Il nous fait signe et le chef arrête la voiture à sa hauteur.

- Que voulez-vous sergent? Demanda le Maréchal des Logis Krantz

- Venez-vous du fort de Loncin? Questionna le sergent dont on devinait facilement les origines Liègoise grâce à son accent.

- Oui, nous nous rendons à Liège et je dois rendre un rapport sur l'avancée des lignes ennemies.

- Pouvez-vous faire passer un message au général Léman?

Je vous écoute ! Fit Krantz d'une ferme. A son regard et au timbre de sa voix, je pouvais deviner son énervement.

- Les Allemands arrivent avec l'artillerie lourde !

- Ont-ils réparé le tunnel de Nasproué, près de Dolhain? Demanda-t-il

- Je ne sais pas ! Répondit le sergent. Je suppose qu'ils sont occupés à le faire.

Il est vrai que ce tunnel revêtait une position stratégie pour nous. Détruit ou en mauvais état, les Allemands ne pouvaient pas faire passer les pièces de 420 mm. C'était en effet la seule voie d'accès pour eux.

Je reçu donc pour mission de me rendre près de Dolhain pour vérifier la praticabilité du tunnel.

Je ne mesurais pas encore l'importance de l'artillerie lourde dans cette guerre. J'allais le découvrir plus tard. Pour l'heure j'obéis aux ordres et je me rends, le plus discrètement possible près du tunnel.