En sortant du couloir j'aperçus Gaston en grande discussion avec un camarade. A cause du vacarme assourdissant des obus s'écrasant dans la région je ne pouvais pas distinguer la teneur de leur conversation. Je pouvais simplement voir que mon ami était fort agité. Il levait les bras, s'approchait de son interlocuteur d'un air menaçant, Gaston était rouge de colère. En m'approchant d'eux, je pus enfin comprendre la teneur de leur conversation.

- Comment tu peux dire ça? Tout le monde sait que c'est l'union la meilleure équipe! Hurla Gaston ivre de colère.

- Non, franchement, je pense que c'est le Daring. Répondit calmement le malheureux soldat

- Tu n'y connais rien ! Ce n'est pas pars qu'ils ont été champion cette année, que c'est la meilleure équipe. Sur toute l'histoire du football, deux titres ce n'est rien du tout face à l'ogre de l'union.

- Et toi caporal pour quelle équipe es-tu? Le soldat espérait visiblement mon aide pour sortir de ce mauvais pas.

- Moi? fis-je d'un ton naif? Je suis supporter du FC Liègois.

A ces mots mes deux camarades éclatèrent de rire. Curieuse vision que la mienne à ce moment-là. En plein milieu de la guerre, sous le bruit les mitrailleuses, alors que le sort de notre pays était occupé à se jouer, nous parlions football et deux soldats riaient de bon coeur.

- Tout le monde sait bien qu'il n'y que le football Bruxellois de valable, même les petits clubs de la capital sont capables de tous, par exemple ce petit club de division inférieur, Anderlecht, ils iront loin. Mais toi, la dernière fois que ton club a remporté quelques choses s'étaient au siècle dernier. Tu n'es pas dans le coup Lucien.

Gaston, comme il en avait pris l'habitude, me tapa dans le dos et nous invita, mon camarade et moi à boire un petit verre d'un breuvage dont il avait le secret.

- Allez mes amis, c'est contre les Allemands qu'il faut se battre et pas entre nous.

Il sorti une petite gourde et déboucha le goulot. Il l'a tendit au soldat et ensuite à moi, avant de se servir une longue gorgée.

- Où as-tu trouvé ça toi? C'est bon mais c'est fort lui fis-je en toussant plusieurs fois.

- ça, c'est la boisson local ici à Liège. Ils appellent ça du Peket je crois.

- En tout cas ça remet en forme. Dit le soldat.

Je regardais ensuite le camarade inconnu et lui fit comprendre que je devais parler seul à seul avec mon ami Gaston. Il comprit de suite que le sujet de notre conversation serait plus sérieux. Il nous restait quelques minutes avant de reprendre notre poste lui aux mitrailleuses et moi à l'entrée du fort. Je devais donc faire vite. Je lui expliquais donc que j'allais partir en compagnie du maréchal des logis Krantz vers Liège. Ce serait probablement l'une de mes dernières sorties avant que le gros des troupes allemandes passe à l'action. Gaston m'écouta sans dire un mot, il n'en avait d'ailleurs pas besoin. Je connaissais mon devoir et j'allais accomplir ma mission sans trembler. A la fin de notre conversation et au moment ou le sergent nous rappelait à notre devoir, Gaston me lança un regard affectueux et m'invita à la plus grande prudence. Ce regard, ses gestes et ses paroles resteront à jamais dans ma mémoire.