Le reste de la journée du 7 août ce passa donc pour moi sur les saillants, entouré de mes camarades et essayant tant bien que mal d'oublier le bruit assourdissant des tirs de nos shrapnells. Fort heureusement, nous n'avons pas dû repousser d'attaque ce jour-là. Il n'y a que ce bruit, qui rendait la guerre bien réel, pour nous rappeler qu'à chaque instant nous risquions nos vies.

La matinée du 8 août ne se passa pas autrement que la soirée du 7. On nous signala des troupes allemandes du côté d'Awans et nos mitrailleuses ainsi que notre infanterie réussirent à les disperser. Au fur et à mesure que la journée passe, je m'habituais quelques peu au bruit. Gaston et moi essayons même de discuter un petit peu pour passer le temps. Ces discussions étaient toutefois entrecoupées de tirs - panique de certain camarades croyant avoir aperçus un ennemi. Il fallut toute l'autorité du sergent Mathieu pour empêcher ces soldats de tirer à tout va .

Il est vrai que la tension était palpable ! Même si la peur n'était pas vraiment présente, l'inexpérience et zèle de bon nombre de mes camarades donnaient une image d'un fort pris de panique dont les soldats courraient dans tous les sens essayant de faire au mieux pour respecter les ordres ou les ordres qu'ils croyaient recevoir. Fort heureusement, le capitaine Naessens voyant ses troupes se disperser décida d'engager les pièces de 12 centimètres en direction du champ d'aviation d'Ans. C'est là que nous lui avions signalé des troupes allemandes. N'ayant aucune formation d'artilleur je devais me contenter d'assister au bombardement et à la débandade des troupes allemandes. Peu après le début du bombardement de Ans, je capitaine Naessens me fit appeler auprès de lui.

- Caporal ! Me cria-t-il pour que sa voix se fasse entendre au travers du vacarme assourdissant. Je vous demande de vous rendre à Liège dès que possible. Vous vous y rendrez avec le maréchal des logis Krantz et vous me rendrez compte du mouvement de l'ennemi. Des questions?

- Non mon capitaine c'est très clair.

- Bien allez chercher Krantz et préparer votre départ.

Je salua militairement le capitaine et me dirigea vers le bureau de tirs. C'est là que se trouvait le général Léman et le maréchal des logis Krantz. Il ne me fallut que quelques minutes pour retrouver le sous-officier qui devisait avec le lieutenant Mottard. En approchant d'eux je pouvais entendre le sujet de leur conversation.

- Je me rends à Liége ! dit Krantz à l'attention de Mottard. J'ai bien peur que cela soit la dernière fois.

- C'est pour cela qu'on vous demande d'y aller chef. Et quand partez-vous?

- J'attends que le capitaine Naessens m'en informe.

Se rendant compte soudainement que j'étais à proximité d'eux, les deux hommes s'interrompirent et me regardèrent. C'est le lieutenant Mottard qui me questionna le premier

- Que voulez-vous caporal ? M'interrogea-t-il d'une voix forte et autoritaire

- Mon lieutenant, je suis envoyé par le capitaine Naessens ! Je dois me rendre à la disposition du maréchal des Logis Krantz pour partir vers Liège dès que possible.

Krantz et Mottard s'échangèrent un sourire.

- Eh bien mon cher je pense que vous avez vos ordres ! lança le lieutenant dans un grand éclat de rire.

- Je le pense aussi. Savez-vous quand le capitaine veut-il que nous partions? M'interrogera le Maréchal des logis

- Non monsieur, je pense cependant qu'il serait bon d'attendre la fin du bombardement de l'aérodrome.

- Vous avez raison caporal. Il serait mieux en effet d'éviter de se faire tirer dessus durant notre trajet. Eh bien donc nous partirons demain matin. Essayez d'avoir une voiture à notre disposition vers huit heures demain matin.

Je répondis brièvement et salua mes deux supérieurs. Je n'avais plus rien à faire dans ce couloir et je décidais de rejoindre Gaston qui se trouvait de garde à l'entrée du fort.