La patrouille allemande dispersée, nous regagnions le fort la joie au coeur. Durant notre trajet de retour Gaston et moi discutions avec insouciance de notre combat

- Tu as vu comme j'ai taillé en pièce ce minable? Me fit Gaston d'un ton enjoué

- Non j'étais trop occupé avec les miens. En tout cas, ils ne sont pas si terrifiant que ça c'est fameux Uhlans.

Un camarade, qui avait surpris notre conversation ne pu s'empêcher d'intervenir. Manifestement il était en colère et nous en voulait beaucoup.

- Vous êtes vraiment des crétins de la pire espèce. Nous hurla-t-il. Désolé Caporal de vous contredire, mais si vous pensez que nous aurons autant de chance la prochaine fois vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'au plus profond de votre estomac.

- Vous ne pensez pas que nous les arrêterons au fort? Le questionnage

- Non seulement nous ne les arrêterons pas, mais ils vont nous massacrer. Cette armée à dix ans d'avance sur nous, il dispose d'un armement cent fois supérieux au notre et ils sont beaucoup plus nombreux. Notre seule chance est de les ralentir suffisamment longtemps que pour recevoir l'aide des Français.

Au début je pris ces paroles pour du défaitisme, j'y voyais même de la trahison. Puis soudain, un frisson me traversait tout le corps. Et si cet homme avait raison? Si nous courrions tous au masacre? Car crier à tue-tête que nous sommes prêt à mourir pour l'honneur du pays, c'est autre chose que de le faire réellement. Je crois que c'est à ce moment-là que réellement j'ai compris. Je savais que je ne serais plus jamais le même. Que ma vie serait toujours hantée par des cadavres et cris de douleurs. En regardant Gaston j'essayais encore de garder le sourire. J'aimerais vraiment avoir son moral et sa confiance.

Semblant deviner ma soudaine préoccupation, Gaston Lisac voulu apporter quelques précisions quant au réflexions de ce soldat pessimiste.

- Tu sais Lucien, le fort de Loncin est un point stratégique aussi bien pour nous que pour eux. Tu dois être certain qu'ils mettront tout en oeuvre pour prendre le fort ou le détruire. C'est pour cela que le général s'est réfugié chez nous. Nous sommes les seuls à pouvoir retenir les Allemands suffisamment longtemps pour permettre aux Français de nous rejoindre. Mais ce n'est pas pour cela que nous devons avoir peur. Ta famille vit à Tamine, tu n'as pas envie que ces salopards se baladent dans tes rues ou pillent ton épicerie? Nous devons nous battre pour protéger nos familles et pour l'honneur du pays. L'honneur et l'amour de sa famille ne son pas incompatible.

- Merci Gaston, lui fis-je. Mais je pense moi, que l'honneur est une valeur surfaite. Certes j'ai juré de mourir pour protéger le fort et je tiendrais ma promesse s'il le faut. Mais après? Je serais mort, ma famille sera seule et la guerre continuera. Ne faut-il donc pas mieux parfois se retirer pour se battre plus tard?

Gaston éclata de rire comme à son habitude. Il passa son bras autour de mes épaules en m'attirant vers lui tandis que de l'autre bras il me frotta la tête avec son poing.

- Sacré caporal, tu parles comme un vrai général maintenant. Ne t'en fais pas va ! Après tout nous ne sommes pas encore mort !

A ce moment-là, un grand bruit résonna dans la vallée. C'était le bruit de nos tourelles shrapnells qui se firent entendre pour la première fois du Fort de Loncin. Le sergent fit accélérer le pas et c'est en courant que nous arrivâmes au poste de contrôle de l'entrée du fort.

Plus nous approchions plus le bruit devenait assourdissant. Le caporal de garde qui nous reçûmes nous informa que le capitaine Naessens avait ordonné un tir sur une position ennemie signalée par une de nos patrouilles du côté de Ans.

A l'intérieur du fort, le Sergent Mathieu nous fit prendre possessions des saillants.