Je surpris une conversation entre le maréchal des logis Krantz et le lieutenant Mottard, l'un des intendant du général. Tous les deux étaient d'accord pour dire que le capitaine Naessens avait ses hommes en mains et qu'à partir d'aujourd'hui il pourrait leur demander n'importe quoi. Il ne fallut d'ailleurs pas longtemps pour que le capitaine demande des volontaires pour patrouiller dans le secteur de Ans. Il s'en présenta le double que le nombre demandé. J'en faisais partie tout comme Gaston naturellement. A notre grand désarroi nous ne fumes pas choisis ! Pour Gaston et moi c'était un véritable drame, on se sentait trahis, inutile. Mon camarade alla même jusqu'à supplier le capitaine Naessens. celui-ci nous regarda fièrement, comme un père regarde ses enfants et nous souris. Il ajouta la voix tremblante :

- Messieur je suis heureux de vous avoir avec moi pour défendre notre patrie. Vous êtes déjà des héros.

Après les combats qui se livrèrent autour de Liège, des soldats des 1er et 4e chasseurs à pied, des 9e et 14e de ligne se réfugièrent chez nous. Mais rapidement le capitaine Naessens les renvoya vers Waremme, il ne voulait que ses 500 braves pour défendre le fort. Cet acte renforça encore un peu plus le respect que nous avions envers nos chefs ! Ils avaient confiance en nous et nous ne pouvions pas les décevoir.

Le lendemain Gaston et moi étions envoyés en reconnaissance sur la route D'Ans. Nous étions sous les ordres du sergent Mathieu et accompagné d'une dizaine de camarade. En tant que caporal, je devais m'assurer que les ordres étaient bien respectés et surtout assurer les arrières du groupe, le sergent se réservant l'honneur d'ouvrir la marche. Non loin du champ d'aviation d'Ans, nous aperçûmes l'artillerie allemande prendre position. Ce n'était naturellement pas une bonne nouvelle, la présence de l'artillerie ne pouvait signifier qu'une seule chose : les Allemands prévoyaient de nous bombarder!

A la vue des troupes allemandes s'installant confortablement dans nos plaines le sergent Mathieu donna l'ordre à trois hommes de retourner au fort et de prévenir le capitaine. Quant à nous nous continuâmes notre route d'exploration autour de la ville afin de s'assurer du nombre de soldat ennemi que nous pourrions rencontrer. C'est à quelques kilomètres seulement du fort que nous avons rencontré une patrouille d'Uhlans. Nous étions à une centaine de mètre en arrière d'eux, idéalement placé pour une attaque surprise. Le sergent Mathieu n'hésita pas longtemps, il nous ordonna de nous disposer un tirailleur et nous fit charger droit sur eux baïonnettes aux cannons. Ce fut un véritable carnage ! Les Allemands, surpris par notre attaque, n'eurent pas le temps de réagir. Nous courrions tous comme des fous dans leur direction en poussant des cris de bêtes assoiffées de sang. Avant même qu'ils n'aient pu faire un geste j'avais transpersé de mon arme les poumons et le ventre de deux ennemis. Je me retrouvais ensuite face à un adversaire plus coriace, pour la première fois dans cette guerre mon adversaire m'attendait et il voulait lui aussi me tuer. Je découvrais ce sentiment très étrange de vouloir tuer pour ne pas mourir et non plus pour obéir à un ordre. Mon adversaire luttait avec rage, mais je pouvais lire de la peur sur son visage. C'était la différence entre lui et moi. J'étais certain de remporter la victoire, car ma cause était juste. Après tout c'était lui l'envahisseur, c'est lui qui essaye de prendre nos biens. Chacun sait que le bien doit triompher du mal. Je profitais d'un moment de faiblesse de sa part pour lui percer le ventre, ce qui provoqua un cri terrible de sa part. Il s'effondra presque aussitôt à mes pieds, j'étais vainqueur ! Les autres soldats ennemis ne résistèrent pas plus longtemps, nous nous sentions fort, puissant, invincible ! Il ne fallut pas plus de cinq minutes à notre patrouille pour disperser totalement la vingtaine d'Uhlans qui nous faisait face. Aucune perte de notre côté et au moins dix morts pour eux, c'était une magnifique victoire et une magnifique journée. Ce jour-là j'aimais la guerre.