Le lendemain au fort, je pensais déjà beaucoup moins à ma victime. Je crois que j'ai pris le parti de Gaston qui me soutenait que nous étions en guerre et qu'il fallait agir en conséquence.

Le début de matinée de ce 6 août fût relativement calme. On m'avait chargé de garder l'entrée du fort avec deux autres sentinelles. Comme toujours mes deux camarades étaient Gaston Lisac et Thierry Albin.

Soudain, j'apperçu un petit nuage de fumée qui semblait se déplacer vers nous. Je pris les jumelles et distingua une dizaine de cavaliers. L'un d'eux portait un drapeau aux couleurs de notre pays et chevauchait quelques mètres en avant. Je fis donner l'alerte et prévenir le capitaine Naessens. Il ne fallut pas longtemps au petit groupe de soldat pour parvenir à moi. Je reconnus le général Léman, que j'avais déjà croisé auparavant

Le lieutenant Mottard, qui accompagnait le général et faisait partie de son état major, s'avança vers moi et du haut de son cheval pour demander de prévenir le capitaine Naessens de leur présence. J'envoyai Gaston et resta un petit moment seul avec cet escadron particulier pendant que Thierry continuait de scruter l'horizon avec ses jumelles. Le capitaine Naessens fini par arriver et interrogea directement le général Léman.

- Je viens d'être victime d'un attentat ! cria le général en faisant référence aux nombreuses attaques allemandes. je demande à pouvoir me mettre à l'abri de vos canons.

- Quels sont vos ordres? Questionna le capitaine

- Je n'en ai pas à vous donner rétorqua Léman ! Vous êtes ici chez vous et la direction du fort vous appartiens. Moi je m'occuperai de l'organisation de nos lignes et de notre défense face à l'ennemi.

Rapidement la nouvelle de l'arrivée se répandît comme une trainée de poudre et bientôt tout le camps était en ébullition. Le capitaine Naessens rassembla tous ses hommes dans la cours pour un discours mémorable en français mais aussi en flamand, la langue de nombreux camarades:

Camarades ! Notre Général nous fait l'honneur de se réfugier chez nous ! Voulez-vous le livrez aux allemands?

de toute part des cris hystériques se firent entendre "non,non !" criait-on dans toutes les directions.

Alors ! repris le capitaine. Nous devrons nous battre et mourir ici ! Mais je vous fais le serment que jamais je ne livrerai le général et jamais je ne vous trahirais en rendant les armes à ces infâmes !

Je n'attends de vous qu'une chose : jurez moi que vous ne vous rendrez jamais !

Car ou nous sauterons sous les bombardements allemands ou ils lanceront une attaque désespéré contre le fort. Nous lutterons tous jusqu'au bout. Et la dernière balle de mon pistolet je la réserve pour moi. Et Ensemble nous irons au paradis, avec la satisfaction du devoir accompli.

à ces mots chacun d'entre nous, pris d'un enthousiasme hystérique, nous avons juré ! Juré de mourir pour protéger ce bout de cailloux, juré pour ce mot qu'on appelle honneur, juré car personne ne voulait se dérober à son devoir.

Après son discours le capitaine Naessens se retourna vers le général Léman. Et quand celui-ci demanda s'il était sûr de ses hommes, notre capitaine pu répondre avec fierté :

- Oui mon général, j'ai confiance en le courage de mes soldats !

A partir de ce moment, tout le fort fut envahit par un sentiment de nationalisme extrême. l'hymne national était fredonné partout. "Le roi, la loi, la liberté" Ce refrain prenait pour nous un sens nouveau. Nous allions probablement mourir pour le roi et la liberté, au lieu d'avoir peur et de panniquer nous étions tous d'accord pour nous diriger dans la joie vers le crépuscule de notre vie. Je criais à l'assemblé : "nous mourrons tous un jour. Nous ce sera en servant la nation" . Je me sentais belge comme jamais auparavant.