Mais qui donc a tué Evengelia Parker? La question, je me la posait depuis le début de l'après midi, quand je reçus un appel de mon collègue. Oh je sais ce que vous pensez, la mort d'une jeune top modèle riche et connue, ce n'est pas nouveau. Vous pouvez même regarder tous les soirs un épisode de spécialistes qui vous explique qu'avec un poil de fesse n'importe quel policier peut retrouver ce qu'un assassin a mangé lors d'un diner de charité organisé à New-york cinq ans plus tôt.

Pourtant, cette affaire n'a rien de commun, elle est même l'une des plus complexes qu'il m'ait été donné de voir.

La première chose qui frappe quand on rentre dans la chambre de cet hôtel de luxe en plein centre de Bruxelles, c'est la propreté ! Je ne sais pas si vous êtes déjà entré sur une scène de crime, mais si vous pouviez comme moi y entrer à discrétion, vous remarquerez vite que l'ordre et la propreté ne sont pas les meilleurs moyens de qualifier une scène de meurtre.

Ici la chambre, le numéro 104, était très propre, peut-être même trop. Il n'y avait pas la moindre trace sur le tapis, pas la moindre poussière sur les meubles, les vitres étaient visiblement plus propres que dans une publicité. Même la victime était d'une propreté suspecte. Le corps était couché sur le lit, les bras allongés, la tête et les jambes droites comme des I. On pourrait croire qu'elle dormait tellement son corps semblait calme et non traumatisé par une quelconque agression.

Je fis remarqué à John Edward, mon second, que la seule chose qui manquait à cette splendide femme nue s'était la vie. Car, je ne vous l'ai pas encore dit, mais cette femme était nue. Magnifiquement nue si j'ose dire. Posée sur le lit de façon sexy mais nullement scandaleuse ou vicieuse. On aurait dit un tableau ou une photo. Tout, du plus petit inspecteur de police au plus haut magistrat, faisait de ce tableau un moment hors du commun. Nous étions tous déconnecté de la réalité.

Ma première impression en voyant Miss Parker allongée sur le lit s'était qu'elle avait voulu se suicider, je n'excluais pas non plus la mort naturelle. Je fut rapidement contredit par deux éléments. Le premier était que l'on n'avait pas trouvé de trace de médicament dans son sang et que le rapport d'autopsie n'avait rien révélé mis à part son excellente santé. L'autre élément était le fait que quelques temps avant sa mort elle était au téléphone avec son fiancé quand soudain elle s'est mise à hurler et a demander de l'aide. Son appel fut même entendu par un des garçons d'étages à qui il a fallu moins de 5 minutes pour arriver dans la chambre. Ce garçon, dénommé Anthony Carnavero, avait découvert le corps D'Evengelia Parker exactement comme je vous l'ai décrit. Naturellement au début de l'enquête j'ai soupçonné Carnavero, Mais plusieurs témoins l'on vu courir à la porte et essayer d'ouvrir. De plus, le gardien de sécurité, alerté lui aussi par les cris de Parker, était arrivé quelques minutes seulement après Carnavero et affirme l'avoir vu se démener pour la ramenner à la vie.

Il y a de quoi déjà troublé le meilleur des fils spirituels de Colombo. Mais ceci n'est que le début de l'histoire !

En effet, il y a deux jours je reçu un appel du médecin légiste qui avait autopsié la malheureuse. J'étais à mille lieux d'imaginer le motif de son appel.

- Allô? Jack? C'est le docteur Youg, vous pouvez passer à la morgue, c'est au sujet de l'affaire Parker.

Le docteur Youg a toujours été quelqu'un de peu bavard, il allait droit au but et généralement il faisait des phrases courtes d'une voix vive et excitée.

Je me rendis donc à la morgue de Bruxelles, avec la curiosité de l'homme à qui on allait faire des révélations. Je ne me doutais pas que ce qu'allait me réveiller le docteur Youg bouleverserait ma vie.

En arrivant devant le bâtiment qui abritait la morgue, je repensais à mes anciennes visites. C'est en effet ici qu'il y a une dizaine d'années je découvris horrifier ce qu'un tournevis pouvait faire une fois planté dans le coeur d'un être humain. Au début, c'est vrai je détestais me rendre ici. Mais avec le temps et surtout grâce à l'humour du professeur Youg, la morgue est devenue un endroit conviviale et sympathique dans lequel j'avais plaisir à me rendre.

Comme toujours le docteur était dans son laboratoire, occupé à analyser un échantillon de peau ou un os. Lorsqu'il me vit à l'entrée de la première porte vitrée qui menait à un sas stérile, il se précipita vers moi et composa le code qui permit à la seconde porte de s'ouvrir.

- Chez Jack, cela fait plaisir de vous voir, comment allez-vous?

- Bien docteur, mais vous aviez l'air inquiet au téléphone.

Il se retourna brusquement et me désigna un microscope électronique. Je me dirigea donc vers lui et observa le contenu de la boîte de Petri qui si trouvait.

- Vous remarquerez surtout l'état des cellules ! Me fit-il d'une voix tremblante.

J'observa donc les cellules et remarqua une activité inhabituelle. Je ne comprenais pas ce que je voyais et je m'apprêtais à questionner le docteur Youg.

- Des nanites !

Youg répondait à ma question avant même que je la lui pose. Il entra dans les détails quelques secondes plus tard.

- Ce sont des micro-organismes électronique, En un mot il s'agit de minuscules robots capable de se reproduire et d'accomplir une tâche bien déterminée. Dans le cas présent, ils sont chargés de la guérison des cellules. Et savez-vous où nous avons retrouvé ces petites bêtes?

- dans le sang de Miss Parker? Répondis-je sans conviction

- Exactement. Mais ce n'est pas tout. Poursuivit Youg de plus en plus excité. J'ai pu constater une reprise des mouvements cardiaques chez Miss Parker.

Je suis resté un long moment la bouche ouverte, comme un poisson hors de l'eau à la suite des déclarations du docteur. Comme pour expliquer sa dernière phrase Youg rajouta

- Elle est vivante. C'est soit un miracle, soit l'oeuvre de ces Nanites. Je vous laisse choisir l'option la plus réaliste.

Je n'en revenais pas. On la retrouve morte dans un hôtel et quelques jours plus tard elle est vivante dans une morgue. Pourtant, je n'allais pas être au bout de mes surprises. Le docteur Youg m'appris qu'il avait fait un essais de datation d'un nanite. D'après lui, ils étaient âgés de quelques centaines d'années.

Je n'étais pas loin de penser que si les petits robots étaient si vieux, Evengelia Parker était peut-être aussi âgée. Je voulais la voir, pour découvrir ce qui se cachait derrière cette mort mystérieuse.

Le médecin légiste m'avoua malheureusement qu'à la vue de cette morte revenue à la vie, il a paniqué. Ne sachant quoi faire et tremblant à l'idée de son réveil, il l'a conduite dans un hôpital au service des comateux.

C'est donc là que je perdis sa trace. Dans un hôpital du centre de Bruxelles. On m'annonça que personne n'était enregistré au nom d'Evengelia Parker. Le docteur Youg démissionna et disparu lui aussi de la circulation. Sans corps, sans mort et sans indice je classais le dossier n° 2035-145 dans la catégorie "meurtre non résolu". C'était la première fois que je devais classer une enquête dans "les non résolut".

Une fois n'est pas coutume...