Le spin of de l'univers fantastique de Nanard

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Un poilu dans la boue

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déc. 2

Un poilu dans la boue 1/26

Vers cinq heures du matin, après quelques heures de repos sans bombardement, la guerre se fit cruellement rappeler à notre souvenir. L'armée du Kaiser avait décidé d'en finir, nos positions étaient mitraillées sans interruption, mais en rafale.

Nous entendions les bouches des canons tonner à quatre reprises, ensuite les sifflements puis l'éclatement du béton. Ce cycle cruel et infernal ne nous laissait aucune chance. L'impact des boulets laissait des trous de 50 centimètres de profondeur et creusait d'énorme trou d'environ 4 mètres. Rien ne résiste, les chambres, ce qui reste de l'infirmeries, les fenêtres, le réfectoire, les cuisines,... Le fort était méthodiquement déchiqueté. Sans contestation possible nous étions en enfer. En début de matinée il ne restait plus un endroit où nous pouvions nous mettre à l'abri. C'est ce jour-là que pour la première fois l'armée belge doit essuyer les tirs de la fameuse "Grosse Bertha", l'engin le plus destructeur de cette guerre. Cette invention du professeur Rausenberger était capable de percer du béton armé de 3 mètres d'épaisseur. Chaque obus pesait environ 1150 kg et était chargé de 144 kg d'explosifs. Elle avait reçu le nom de Grosse Bertha en l'honneur de la fille unique de l'entrepreneur allemand qui avait fabriqué l'obusier : Bertha Krupp. Une délicate attention qui nous faisait haïr une jeune allemande que nous n'avions jamais vu et qui resterait dans l'histoire comme le canon le plus terrible jamais inventé par l'homme. Une heure avant midi, j'avais reçu l'ordre de me poster en sentinelle derrière ce qu'il restait des rempart du fort. Je ne pouvais que difficilement détourner le regard du spectacle admirable qu'offrait nos supérieurs. Le général Léman, le capitaine Naessen et le lieutenant Mottard observaient, totalement à découvert, le spectacle qu'offraient les troupes allemandes. Par la grâce divine aucun obus ne parvint à les toucher. C'est comme si Dieu lui-même déviait chaque boulet ennemi de son doigt protecteur. D'un geste le capitaine ordonna de cesser le tir, bien que quelques coupoles étaient encore en état, nous ne savions plus ou riposter et de toute évidence les batteries étaient hors de portées, cela devenait inutile. Notre stratégie était donc d'attendre la fin du bombardement et de résister à un éventuel corps à corps qui nous opposerait aux fantassins du Kaiser.

Soudain j'aperçus un homme muni d'un drapeau blanc. Il était petit, trapu, les bottes crottées de boues et il se déplaçait de la démarche arrogante que peuvent avoir les sportifs qui sont certains de gagner. Il s'avançait si bien que je lui ordonnais de stopper son avance, afin qu'il ne puisse révéler les positions à bombarder.

- Halte ! Plus un pas! Criais-je en tirant un coup de sommation.

Le Boche refusa et avança vers moi. Je tirais en l'air une seconde fois et le mis directement en joue. J'avais déjà tué un homme quelques jours avant, mais les circonstances étaient différentes. Ici je devais agir seul et contre un homme désarmé munis d'un drapeau blanc. Mais je savais qu'il pouvait faire autant de dégâts qu'une armée. Si pour notre malheur il facilitait les tirs des pièces de 420 mm nous ne tiendrons plus longtemps. Devant son refus et comme il avançait toujours en direction du fort, je décidais d'agir. Pour la seconde fois en quelques jours j'allais tuer un homme. J'étais sûr de moi, je n'avais aucune peur, aucun doute, si l'homme faisait un pas de plus il mourrait. Il était en joue, j'avais son coeur à porter de fusil, je pouvais l'entendre battre. Soudain je me demandais si cet homme savait ce qu'il allait lui arriver. Pouvait-il un seul instant imaginer avancer vers nous, repérer les tirs des grosse Bertha et s'en aller sans dommage? Comment ses chefs pouvaient-ils envoyer à la mort un soldat sans lui donner un moyen de se défendre? Il eut encore le temps de faire deux pas avant de prendre ma balle en plein coeur. Mais il eut le temps de signaler nos positions. De l'avis général, il s'était sacrifié pour donner le point de tir exact à l'artillerie ennemie. Quelque instant plus tard nous subissons à nouveau les tirs prévis des troupes allemandes.

nov. 28

Un poilu dans la boue 1/25

Vers la moitié de la nuit, alors que je somnolais appuyé contre ce qui restait d'un mur, le maréchal des logis Krantz me fit appeler. Comme la majeure partie des pièces à l'intérieur du fort était détruite, il avait installé son bureau de fortune dans un coin sombre du fort. Il était assis sur ce coin de table à rédiger une série de note et ne prêtait absolument pas attention à moi. Puis, semblant en mal d'idées, il posa sa mine et se décida enfin à me regarder.

- Ah oui, caporal Willem! Désolé de vous avoir fait attendre, mais je tiens un journal des évènements. C'est un moyen de me souvenir de tous ces moments historique que nous vivions. J'ai une mission pour vous. Mais avant de vous en dire plus, vous devez savoir que vous n'êtes pas obligé de l'accepter, ce n'est pas un ordre, mais une proposition. Est-ce claire? Demanda-t-il d'une voix ferme.

- Oui chef! lui criais-je respectueusement.

- Bien, je voudrais que vous escortiez le sergent Van Pettegem en dehors de l'enceinte et que vous vous rendiez à Namur. Vous devez prendre avec vous le maximum de biens, argent, courriers, plans et rapports. Naturellement vous ne reviendrez pas. Qu'en pensez-vous? Je ne savais quoi répondre. J'avais l'impression qu'on me donnait l'ordre de fuir. On me demandait de quitter mes camarades, de fuir l'ennemi pour allez me cacher avec le sergent à Namur. Je ne pouvais pas accepter une tel proposition et Krantz le savait. C'est probablement pour cela qu'il m'a dit directement que je n'étais pas obligé d'obéir aux ordres. En temps de guerre on réagit souvent par impulsion. Il y a très peu de place pour la réflexion, pour l'acte modéré et posé. Durant la guerre c'est tout ou rien, blanc ou noir.

- Chef, dis-je de la voix la plus solennelle. Il en va de mon devoir de bon chrétien de ne pas abandonner mes camarades alors qu'ils risquent leurs vies pour le pays. Ces prochaines heures risque d'être terrible pour nous tous. Ma place est parmi vous, ici!

En répondant au maréchal des logis, je ne pensais pas au caractère stratégie de la proposition, je ne pensais pas non plus aux soldats qui auraient voulu faire parvenir des lettres à leurs proches. Ce refus qui peut paraître héroïque aux yeux du monde était en réalité un choix égoïste, dictée par ma crainte de l'inconnu. En restant au fort j'étais pratiquement certain de savoir où et comment j'allais mourir, en sortant je me plongeais à nouveau dans l'incertitude. C'est probablement pour ces raisons que je laissais partir l'unique chance de me sauver. Je me sentais plus lâche que héros. Krantz me laissa partir sans réel regret, attendant le premier soldat qui accepterait la proposition. Il n'a pas dû attendre bien longtemps, un camarade, le soldat Bertinchamps, un homme robuste et sur de lui se porta volontaire apprenant que j'avais décliner l'offre. Le Capitaine le promu sur-le-champs caporal, afin probablement qu'en cas de coup dur sa veuve hérite d'une pension plus élevée, en ce début de guerre le sens moral était encore fort présent. Quelques minutes plus tard, le sergent Van Pettegem et le soldat Bertinchamps s'éclipsèrent discrètement en direction de Namur est de ses fortifications. En les observant s'éloigner dans la nuit, je compris que notre mission s'achevait. Nous étions vaincus, d'autre à présent allaient se charger de la défense du pays. C'est sans regret, mais avec une pointe d'envie que je regardai partir mes deux camarades. Je voyais en eux l'avenir du pays.

nov. 24

Un poilu dans la boue 1/24

Je vis encore lorsqu'il donna l'ordre de tir. J'entendis le bruit du canon qui déversait sa ferraille de mort dans notre direction. Je pouvais suivre des yeux le boulet fatal qui volait dans notre direction. Dès le départ je présentais un désastre, il se vérifia malheureusement. L'énorme pièce d'artillerie s'écrasa avec fracas au beau milieu de l'infirmerie. La vision des débris me glaça le sang. Je savais que la mort avait frappé au pire des endroits. Des hommes blessés, victime déjà des nombreuses agressions ennemies, venaient de mourir et parmi eux, je savais que mon ami Gaston n'avait pas survécu. J'entendais des hurlements, je voyais des corps sans vie jonchés le sol. Malgré ma peine et ma peur de voir découvrir le corps inerte de mon camarade, je cherchais des yeux une trace de Gaston. Après quelques minutes passées à le chercher, je devais me rendre à l'évidence, il n'était ni parmi les blessés ni parmi les cadavres retrouvés dans les décombres. Gaston et tout ce qui restait de l'infirmerie se retrouvaient sur le sol mélangé l'un à l'autre pour l'éternité.

A la fois par colère et pour distraire ses troupes le capitaine ordonna d'unir nos force pour offrir une riposte digne de nos camarades morts aux combats. Tous, du plus petit soldat au plus aux dignitaires du fort s'unirent pour envoyer des salves meurtrières et répondre coup pour coup à l'infâme attaque allemande. Malheureusement le bombardement ennemi est tellement puissant que bientôt de nombreuses salles du fort sont détruites. Ainsi en quelques heures le magasin d'habillement, la salle électrique, les ventilateurs et les ponts roulants, volent en éclats. Le fort est méticuleusement détruit, avec la précision chirurgicale est sadique des soldats allemands enragés. Nous subissions encore les obus, quand soudain vers trois ou quatre heures de l'après-midi le bombardement cessa. Le calme fut soudain revenu aux alentours du fort. C'est comme si tout à coup on vous coupait le son, vous faisant croire que vous vous éveillez d'un mauvais rêve. J'aperçus et signala l'approche d'un cavalier portant un drapeau blanc, cela voulait dire qu'un parlementaire se dirigeait vers nous. L'approche de ce négociateur provoqua une vive émotion au sein du fort. Certain criait, pour d'autre il fallait le tirer à vue. Dès qu'il fut à assez proche, je reconnus le visage de l'homme qui donna l'ordre de tirer le boulet qui s'écrasa sur l'infirmerie, tuant mon ami Gaston. A sa vue, mon sang se réchauffa, je sentit la colère qui montait en moi, il fallait qu'il se passe quelque-chose, l'éruption qui montait dans mon corps devait exploser à cet instant précis. Tout, depuis mon incorporation devait conduire à cet instant fatidique. Je pris ma plus forte voix, la plus grave, la plus solennelle pour prononcer un discours que je n'oublierai jamais:

- Camarade, Allons-nous accepter le dicta d'un empereur assez lâche que pour ne pas se battre en personne? Le roi lui-même en ce moment charge les troupes de l'infâme Guillaume II. Il en va de notre devoir de lui faire honneur. Montrons que les belges connaissent le sens du mot patrie et honneur. Renvoyons ce parlementaire à Berlin ! - Hourra pour le caporal, s'empressa de dire Gaspard, l'un de mes équipiers à la coupole du fort. les réactions étaient partout positives j'entendis des camarades chantonner notre Brabançonne. C'est aux cris de "le roi, la loi, la liberté" que l'allemand fut accueillit. Le capitaine Naessens et le général Léman étaient visiblement fiers du comportement de leurs hommes. A l'arrivée de l'homme au drapeau blanc, les cris et les injures étaient tellement nombreuses que personne ne put comprendre ce qu'il disait à l'entrée du fort. Le capitaine Naessens ne se donna pourtant aucun mal a essayé et refusa de lui parler : "Nous préférons mourir plutôt que de nous rendre" lança-t-il sous les vivats de ses troupes. L'homme repartit donc, comme il était venu, les insultes en plus. Il n'eut pour ainsi dire plus beaucoup de bombardements après cet évènement. L'ennemi, semblant vouloir nous donner une dernière nuit de repos avant de nous exterminer, avait manifestement décidé de stopper provisoirement son attaque.

nov. 20

Un poilu dans la boue 1/23

Au début de cette guerre cruelle, les médecins se montraient encore compatissant et paternel. La situation allait rapidement changer. Mais à cette époque j'avais encore ce sentiment de confiance, mélange de patriotisme et de naïveté qui habitait la plupart de mes camarades. Nous pensions qu'avec l'aide de l'armée française nous repousserions l'ennemi jusqu'au porte de Berlin. Je restais donc auprès de mon ami Gaston, à le veiller tel une mère surveillant son enfant.

Le bruit, la poussière et les vibrations dues au bombardement me gardait en éveil. Je ne pouvais m'empêcher d'haïr ces allemands qui, malgré que nous souffrions, que nous étions déjà pratiquement vaincus, continuaient encore et toujours à nous balancer des obus à chaque jour plus lourd. Semblant deviner ma rage, Gaston émergea de son coma, il me regarda sans dire un mot pendant de longues minutes, puis dans un effort qui lui parru sur-humain, me murmura quelques mots

- Allons Lucien, ne fait pas cette tête je ne suis pas encore mort, dit-il dans un chuchotement amical

- Tu m'as quand même fait une belle peur fis-je en souriant.

Notre conversation était entre-coupé par le vacarme des bombardements Certains obus passaient si prêt de nous que je pouvais sentir leur souffles.

Il me fixa un long moment sans dire un mot, seul les canons venait perturber ces minutes d'échange visuel. Puis soudain, voulant répondre aux nombreuses questions que mon regard lui posait, Gaston essaya de me rassurer.

- Je sais que tu as peur pour moi, Lucien. Mais, dans ce conflit tu ne dois pas penser à moi ou à toi. Nous sommes ici pour la sauvegarde de la nation. Le roi lui-même prend les armes contre l'empereur. Nous ne pouvons pas le laisser tomber. Je suis certain que cette guerre ne sera pas longue. Quand les Allemands verront que nous résistons et que nous avons reçu l'aide de la France, il est évident qu'ils renonceront. Il faut tenir encore quelques jours, ensuite tout sera plus facile.

J'avais envie de croire, j'avais envie de lui montrer que notre résistance héroïque ne serait pas veine. Après tout, depuis une semaine que nous essuyons les tirs et les bombardements allemand, l'ennemi n'avait pratiquement pas avancé et on nous annonçait l'arrivée des renforts français pour chaque lendemain. La conversation que nous avons eue ce soir-là dans cette petite clinique du fort de Loncin changea ma vision de cette guerre. Jusqu'ici je me battais pour ma survie, à partir de ce jour je luttais aussi pour ne pas décevoir mon ami Gaston.

Notre conversation fut interrompue par l'arrivée du médecin qui me renvoya à mes devoirs de soldats. La dur réalité de la guerre m'obligea à oublier pour un temps l'état de santé de mon frère d'arme.

Dans la nuit du 13 au 14 août, vers trois heures du matin, l'armée allemande procéda à un long et terrible bombardement. Nous devions subir des tirs d'obus de 280 et 305 mm. Mes camarades et moi passions des moments effroyables, le fort tremblait du sommet aux fondations. Les vitres, les murs et le sol subissaient des dégâts incroyables. Une avalanche de fers s'abattaient sur nous. Pour ajouter à la cruauté de l'instant, le bombardement était espacé de deux en deux minutes, le temps du rechargement des canons. Durant ces périodes d'accalmies le silence au fort était oppressant. Certains d'entre nous priaient, mais pas un ne songeait à se rendre ou à quitter ce fort en perdition. Tous nous regardions le capitaine Naessens, attendant ses ordres pour les exécuter fidèlement et avec bravoure.

Après chaque explosions des projections de béton tombaient sur nos têtes. Nous les acceptions avec courages et résignations. Nous marchions sur des débris de verres, nous respirions de la poussière, nos gorges réclamaient sans cesse plus d'eau. Au fur et à mesure que les heures passèrent le fort se détruisait. Nous voyons notre fière forteresse se disloquer avec la régularité d'un métronome. Notre résistance, bien qu' héroïque était vouée à l'échec. Nous étions destinés à rejoindre dans l'histoire nos camarades de fort Alamo.

Dans la vie il y a des visages ou des images que l'on oublie jamais. L'instant que j'allais vivre marqua pour toujours mon existence. Sans véritable raison, je voulais observer de plus prêt nos agresseurs. Je décidais donc d'observer le bombardement depuis l'une des coupoles de tirs. Avec l'aide de mes jumelles je pouvais voir les gigantesques obusiers qui se préparaient à nous cracher leur mort. Une des machines attira plus particulièrement mon regard. J'observais donc un petit caporal allemand s'agiter autour d'un canon, il s'agissait d'un canon à 305 mm qui s'apprêtait à nous balancer l'un de ses boulets. Un sentiment étrange m'occupa l'esprit durant toute l'opération, comme si cet obus bien précis signifiait plus que les milliers d'autre que nous avons reçu. Je n'oubliais jamais le visage de l'homme qui a chargé le canon, ni celui qui a donné l'ordre de tirer. Cet homme, ce monstre, n'était pourtant pas ni plus grand ni plus petit qu'un autre, son visage aurait pu tout aussi bien être celui d'un de mes camarades aux forts, néanmoins dans mon esprit ce soldat état l'incarnation du mal, l'homme à abattre absolument. Un bref instant, grâce aux jumelles, je réussis à croiser son regard. A cet instant j'étais paniqué, les hommes, qui nous bombardaient, étaient bien réels. Il y avait de vie derrière chaque canon.

Un poilu dans la boue 1/22

Les périodes d'accalmie se faisaient de plus en plus rare, nous commencions à être submergé par l'étendue des dégâts. Nous courrions, tel des marins essayant de sauver leur navire, afin de boucher çà et là des ouvertures béantes causé par les bombardements. Nos vies étaient réglées par les attaques de l'ennemi. Chaque bombardement était espacé de périodes plus calme d'une dizaine de minutes qui semblaient interminables. En temps de guerre, parfois, le silence est plus destructeur que les bombes, les moments de silences jouaient de plus en plus sur mon moral. Je me demandais où et quand le prochain obus allait atterrir. Je priais le ciel qu'il ne tombe pas trop prêt de moi. Vers la fin de la soirée du 13 août 1914, le capitaine Naessens m'ordonna une fois de plus de réparer autant que possible les palissades. Comme toujours, mon ami Gaston m'accompagnait. Nous étions tous les deux sur un petit muret en béton à proximité de l'entrée du fort quand une nouvelle détonation sourde retenti dans la nuit. Il s'en suivi, comme d'habitude un long sifflement. Dans ce genre de situation nous avions deux solutions, soit courir le plus possible pour nous mettre à l'abri et prier pour choisir le bon abri, soit rester et continuer notre travail en espérant que l'obus nous évite. C'est pour le second choix que nous avons opté et nous sommes restés, inconscient du danger. Cette fois là, Gaston n'eut pas de chance. L'obus, d'un petit calibre percuta le mur sur lequel nous étions occupés à effectuer des réparations. L'impact nous fit tomber des deux mètres sur lesquelles nous nous trouvions et nous fit perdre l'équilibre. Mon ami et moi, nous nous retrouvions tous deux à terre. Après un bref moment d'étourdissement dû au choc, je me redressa pour porter secours à Gaston resté au sol et la jambe broyé par un gros morceau de béton

Il hurlait comme un forcené, il essaya à plusieurs reprises de se dégager, mais le poids, la panique et la douleur l'empêchait de se redresser.

- Un médecin ! Vite, brancardier ! Criais-je en direction du fort afin d'avoir du secours

Le bruit des canons, couvrait ma voix et le pauvre Gaston dû attendre un bon quart d'heure avant d'être secouru. Il s'était évanoui à cause de la douleur, sa jambe était couverte de sang, son pantalon était devenu rouge vif. Les brancardiers prirent mille précautions pour le conduire à l'infirmerie. C'est le Docteur Courtin qui prit en charge mon ami. J'avais des dizaines de questions à lui poser, j'étais prêt à lui donner mon sang ou n'importe quelle partie de mon corps si cela pouvait le guérir.

- Il a la jambe broyé fit le docteur en l'examinant. Je crains d'être obligé de la lui couper.

- Non ! lui hurlais-je en oubliant les grades ou toute hiérarchie. Gaston a le droit le marcher.

- Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne vous promets rien, dit-il en me posant la main sur l'épaule. Ses gestes et son regard avaient quelque-chose de paternel qui m'a mis en confiance. En sortant de l'infirmerie, j'étais certain que mon camarade s'en sortirait.

Après son opération, je reçus l'autorisation de rester quelques heures auprès de mon ami afin de lui porter des soins. Il faut dire que nous avions un si grand nombre de blessés, qu'une aide en plus n'était pas superflue.

Un poilu dans la boue 1/20

Dès le matin du 12 août, les bombardements allemands furent terribles. Le bruit des tirs et la violence de ceux-ci contrastaient curieusement avec le calme de la veille. Gaston et moi courrions comme des fous, lui pour fournir en munitions ses camarades dans les bas reliefs du fort et moi pour communiquer les ordres du capitaine Naessen aux différents chefs de corps qui occupaient les coupoles de tirs. Nous ripostions coup pour coup. Chaque fois que les tirs de nos coupoles de douze centimètres touchaient leurs cibles de grands cris de joies retentirent dans toutes les directions du fort. Loncin ressemblait à une fête foraine. Nos soldats aussi insouciant que des enfants jouant avec une grenade, chantonnaient des airs gais pour se donner du courage. L'ambiance qui régnait ce jour-là était à la fois lourde et légère.

Soudain, la coupole nord cessa de tirer. Un tir ennemi venait de l'endommager. Vu la violence des tirs allemand il nous était impossible de la réparer. Notre seule possibilité était de faire feu avec nos propres armes ce que nous fîmes avec ténacité. La résistance que nous offrions était digne des plus grandes batailles de l'histoire. Tels les trois cents spartes résistants à l'envahisseur nous donnions le maximum pour préserver l'intégrité de notre territoire.

La journée se passa entre bombardement intense et rapide des Allemands et période d'accalmie. C'est durant un moment plus calme que Gaston, dont l'astuce m'étonnera toujours, parviendra à réparer la coupole. Si bien que quelques heures avant que la nuit ne tombe, nous pouvions à nouveau riposter de toutes nos forces. Au fur et à mesure que la journée passait, les ordres circulaient moins bien, étaient moins précis. Une sorte de chaos s'organisait petit à petit. Krantz l'avait remarqué et le capitaine Naessen aussi. Ce n'était pas dû au relâchement des soldats, mais plutôt à l'application que les Allemands mettaient à nous bombarder. Nous courrions tous un peu au hassard afin de réparer qui une coupole, qui une porte ou une arme... Nous étions désorganisés par la violence de l'attaque. De temps en temps nous pouvions apercevoir le général Léman passant en revue du regard ses troupes se battre avec la plus grande des énergies. A la lueur de cette journée il devenait évident que nous n'arriverions pas à tenir très longtemps quand l'ennemi nous attaquerait avec de l'armement lourd. Le Général et le capitaine le savaient, mais cela ne les empêchaient pas de donner leur ordre avec fermeté et malheur à celui qui ne leur donnaient pas satisfaction. Vers la fin de la journée nous constatons que l'entrée du fort est endommagée et le capitaine Naessens me donna l'ordre de procéder aux réparations en compagnie de mon ami Gaston. J'étais assez heureux de recevoir cette mission, cela me permettrait de discuter avec mon camarade et d'occuper mon esprit.

La réparation n'était pas vraiment importante et malgré le danger dû à notre exposition aux tirs ennemis, nous prenions notre temps. Notre stratégie était simple, Pendant qu'un camarade et moi, nous nous chargions de faire de guet, Gaston et Remy se chargèrent de la réparation de porte d'entrée.

- Alors, Gaston, chuchotais-je tout en regardant si aucun ennemi n'était dans les parages, tu crois que ces maudits allemands vont enfin nous laisser? Voilà des heures qu'ils déchargent sur nous tout leur puissance de feu. Ils le voient quand même que cela ne nous fait rien.

Tout en clouant des planches de bois afin de boucher les orifices créer par les obus allemands Gaston me répondait

- Cela leur sert, dit-il. A cause de leur bombardement nous ne pouvons plus sortir, nous sommes enfermés dans notre fort qui est bombardé sans relâche. Autant vous le dire mes amis tout est perdu.

A ce moment-là, Rémy voulu intervenir, il se redressa puis porta la main à sa gorge. Il devint pâle et ses yeux vitreux. Il agitait ses bras comme pour appeller à l'aide. Je me précipitais vers lui sans remarquer ses mains couverte de sang. Je le déposais sur le sol pour essayer de lui prodiguer des soins.

- Une balle ou un éclat d'obus hurla Gaston.

Remy se débattait toujours, mais déjà avec moins d'énergie. Il porta la main dans l'une de ses poches de pantalon et me présenta une lettre tachée de sang. Il chercha ensuite mon regard et me fixa durant des secondes qui me parurent des heures.

Il mourut comme cela, avant que notre médecin ne puisse intervenir. Rémy était mort en réparant le fort, dans un de ces relâchements cruels que la guerre offre parfois. Il n'y avait rien à faire pour le sauver, il n'était pas plus visé qu'un autre, c'était simplement son jour. Le capitaine Naessens ayant appris ce qui s'était passé ordonna que l'on place le corps à la morgue et promis de présider une cérémonie à la moindre accalmie.

Nous reçûmes deux minutes pour nous recueillir, les Allemands reprirent le bombardement.

La journée du 12 Aout se termina dans la tristesse d'avoir perdu un camarade. Malheureusement il ne sera pas le dernier.

Un poilu dans la boue 1/21

Le lendemain, soit le 13 août, dès l'aube nous constatons à terrible frais l'entrée en action de l'artillerie lourde allemande.

Des tirs réguliers d'obus d'un calibre de 150 centimètres percutèrent nos murs. Nous étions paniqués, comme asphyxié

par la cadence des tirs. Le capitaine Naessens regardait, l'air perdu; son fort se démantibuler bric par bric sous l'effet des obus. Pour notre malheur, de temps en temps, un obus percutait un mur ou un toit et entraînait dans sa chute l'un ou l'autre camarades hurlant de douleur. En milieu de matinée deux de nos coupoles sont hors service, bien que notre puissance de feu était pour ainsi dire réduite à néant nous continuions à riposter comme nous le pouvions.

Le général Léman, qui de temps en temps se montrait aux hommes pour qu'ils gardent courage, fût émus aux larmes de notre bravoure.

- Monsieur, fit-il en s'adressant au capitaine Naessens, je vous avais demandé il y a quelques jours si vous répondiez de vos hommes. Aujourd'hui je peux vous dire avec fierté qu'ils ont tous fait plus que leur devoir.

Ces paroles, dites assez haut pour qu'un maximum de monde l'entende encouragea encore davantage notre armée. Tous redoublons d'effort afin d'opposer une résistance convenable aux allemands. Avec les bombardements et les troupes de fantassins ennemi de plus en plus proche de nous, il était devenu pratiquement impossible de sortir de fort. Aussi, le capitaine en concertation avec le général décidèrent de concentrer leur forces uniquement sur la défense du fort. Je reçus donc l'ordre de veiller à l'étanchéité des fortifications. Avec l'aide de deux hommes, nous rassemblons bois, cailloux, grava et caisses pour nous protéger au maximum. Plus les heures passaient et plus j'avais l'impression d'effectuer un travail inutile. Chaque fois que nous parvenions à réparer une pallissade, il fallait de diriger vers un autre endroit avant de tout recommencer. Même tous désireux de vendre fièrement notre peau, il était maintenant acquis que nous ne sortirions pas vivant de ce fort qui serait notre dernière demeure.

Il n'y avait aucun sentiment de révolte ou de résignation parmi nous. Nous savions que nous allions mourir à Loncin et nous l'avions accepté. Un peu comme un malade en phase terminal, il se sait condamné, mais tant qu'il est vivant il continue d'avancer. c'est dans cet état d'esprit que nous avons passé la journée, ripostant autant que nous le pouvions et assistant quasi impuissant à la destruction de notre forteresse.

Un poilu dans la boue 1/18

La soirée et la nuit furent très calme. Nous en profitions donc pour nous reposer. Personne ne savait quand nous aurions l'occasion de profiter d'un autre moment de répis.

Gaston et moi décidions de passer cette nuit d'abord à la cafétéria ensuite dans l'une des pièces de l'armuries. Gaston, qui avait toujours un bon plan pour dénicher un bon verre et un bon fromage, me proposa de passer ces quelques heures de repos à jouer aux cartes et à déguster un délicieux chimay.

- Ce silence me fait peur. Dis-je en mélangeant les cartes. S'ils ne nous tirent pas dessus c'est qu'ils préparent un mauvais coups. A-ton avis pouvons-nous espérer qu'ils aient renoncé à nous attaquer?

- Je pense que ces salauds vont reprendre les bombardements assez rapidement, voilà pourquoi nous devons profiter un maximum du calme qui nous offre. Quand ils lanceront leur attaque, elle sera terrible. Nous aurons besoin de toutes nos forces pour pouvoir résister. lança Gaston d'un air étonnament sérieux

La pièce dans laquelle nous nous trouvions était très sombre. Seul une ou deux bougies nous éclairaient, les caisses de munitions et les obus nous servaient de tables et de chaises. L'odeur à mi-chemin entre poudrière et champignonnière ajoutait à l'ambiance. Pourtant, nous nous y sentions bien. C'était notre havre de paix, l'endroit où nous nous sentions invincibles.

La nuit passa comme ça, entre les jeux de cartes sans intérêt et les discussions sans véritable sens. Nous parlions de tous, d'argent, de cuisines, de filles, de littératures, de football,... Tous les sujets nous semblaient bons.

Au bout d'un long moment passé ainsi à parler de tous et de rien, nous finissons par nous endormir.

Seul les rayons d'un soleil déjà bien haut dans le ciel nous sortir d'un profond et salvateur sommeil. C'est Gaston qui, le premier, sursauta en sortant de sa torpeur.

- Mon dieu, fit-il en me tapotant l'épaule. Hé l'ami debout il est passé midi.

- Hein? Fis-je en bondissant des caisses de munitions qui me servaient de lit. Mais on ne nous a pas réveillé? J'avais pourtant signalé notre présence ici à l'adjudant.

- He bien soit ils sont tous morts, soit ils nous ont laissé dormir. Vient allons voir ce qui se passe dehors.

A notre grande surprise il ne se passait rien. Tout était calme et le capitaine Naessens ordonna diverses reconnaissances en direction des quatre points cardinaux. Quand je m'approchais du capitaine celui-ci me dévisagea comme s'il me regardait pour la première fois. Puis semblant enfin me reconnaitre il me désigna deux hommes du doigt et m'ordonna de prendre quatre heures de gardes à l'entrée du fort.

Ces heures passèrent comme le reste de la journée, comme dans un rêve. Nous étions tous à l'écoute du moindre bruits de fusil, du moindre grondement de canon. Mais rien arrivait, nous aurions pu croire que tout ce qui s'était passé les autres jours n'étaient qu'un mauvais rêve. Nous imaginions déjà que la guerre était finie, que les Allemands avaient renoncé à nous envahir. Certain parlait déjà de retour à la maison. Seul le capitaine Naessens et, naturellement, le général Léman restait concentré et attentif aux rapports des éclaireurs.

Un poilu dans la boue 1/19

Les rapports que les nombreux soldats, envoyés dans toutes les directions, rendirent au général n'étaient vraiment pas bon. Il n'était absolument pas question de retrait de l'armée allemande, mais au contraire d'avancée stratégique inquiétante. Toutes les premières lignes ennemies progressaient et un grand nombre se dirigeaient dans notre direction.

Si la journée du 11 août 1914 était calme, celle du 12 s'annonçait terrible.

Dès que je fus relevé de mon poste de garde, le maréchal des logis Kratz me demanda de l'aide afin de faire l'inventaire des munitions et de l'état de notre équipement. Si la tenue de nos soldats ainsi que leur patriotisme pouvait émouvoir aux larmes l'état de notre matériel pouvait faire douter le plus courageux des guerriers. Des canons vétustes, des obus en trop petit nombre, des coupoles pratiquement obsolète,... A la vue de notre équipement il était certain que la seule issus pour nous était soit la capitulation soit la mort. Mais il était hors de question de capituler. Ce serait livrer le pays tout entier à l'ennemi.

J'entrepris donc d'aider Krantz le mieux possible sans lui faire part de mes constatations.

J'avais aménagé la réserve de munitions de tels façon qu'il était très facile à n'importe qui de se servir et de se ravitailler. Naturellement, le soin de distribuer les réserves était attribué au Maréchal des Logis, qui veillait a ce qu'on ne gaspille pas trop ce qui nous restait. Bien que la guerre avait débuté depuis une semaine nos réserves étaient suffisantes pour tenir encore quelques temps, ce qui n'empêchait pas Krantz de garder jalousement nos réserves.

- Ce qui me fait vraiment peur, dit Krantz en écrivant une série de chiffres dans un calepin, c'est ce qui se passera si un obus allemand tombe sur l'armurerie. Nous serions pulvérisés. Je me demande si nous ne devrions pas descendre nos munitions à l'abris.

- Monsieur, répondis-je, pensez-vous vraiment que les Allemands peuvent nous atteindre autrement que par une attaque massive de leur troupe?

- Il faut espérer qu'ils soient assez stupides que pour ne pas nous attaquer avec leur artillerie lourde. Mais, franchement il n'y a aucune raison pour ne pas le faire. Pourquoi risquer la vie de leur homme alors que leur machine de mort pourront faire le travail sans risque?

Il y avait de l'amertume dans la voix de Krantz, comme si soudain, il avait eu envie d'appartenir à l'autre camps. Il resta un petit moment sans rien dire contemplant nos munitions puis me donna l'ordre de remettre son rapport au capitaine Naessen

Un poilu dans la boue 1/17

Ce que je vis me terrifia ! Les Allemands avaient réparé la voix. Le passage de l'artillerie lourde était maintenant possible. J'avais pris soins de prendre un petit calepin ainsi que d'une mine noire. J'observa durant une heure les allées et venues des troupes allemandes. Ceux-ci travaillaient dans une certaine joie, certain s'amusaient même à compter les détonations qu'on entendait au loin. L'armée belge les bombardait avec ce qu'il avait de plus puissant et eux en riaient. Je n'en revenais pas et ma rage envers eux ne fit que s'accroître.

Je notais donc toutes les informations que je jugeais utile et je me rendis en direction du point de rendez-vous que Krantz m'avait donné. Trois heures plus tard je regagnais le fort et fit mon rapport au capitaine Naessens.

Soudain, la vigie du fort nous signale qu'un petit avion de reconnaissance allemand s'était posé non loin de la piste d'aviation de Ans. Le capitaine ordonna un tir massif de shrapnells. Durant une bonne demie heure les murs du fort ont raisonné des tirs de nos troupes.

Le bruit était assourdissant. Je n'arrivais plus à respirer ni même à penser, il n'y avait que le bruit, terrifiant.

Les premières ripostes sérieuses eurent lieu le lendemain, dix août. Les Allemands bombardèrent le fort avec une trentaine d'obus de petits calibres. Ceux-ci ne causèrent que des dégâts minimes. "Tout juste bon a rayer la peinture" comme s'en amusait mon ami Gaston. Durant toute la matinée qu'à durée l'attaque allemande, Le général Léman et le capitaine Naessens devisaient sur la meilleure stratégie à suivre durant les prochaines heures. Ils décident qu'après les bombardements du matin une de nos patrouilles partira en reconnaissance. Ni moi, ni Gaston en faisions partie. Nous subissions donc les évènements pour la première fois depuis longtemps.

- Mais que croit-il, leur grand empereur là? Hurla Gaston. Il croit vraiment que c'est avec ces petits cailloux qu'il va ébranler la fiére et puissante nation belge?

Je regardais mon ami amusé. Je vivais dans un fort en compagnie de fous. A chaque Obus des camarades criaient les pire insanités à la destination de l'ennemis. Certains les traitants de sous races, d'autres de paysans sans cervelle. D'autres encore leur lançaient des injures en flamand que je ne comprenais pas. Juste après le bombardement, la patrouille est partie en reconnaissance.

Elle ne tarda pas à revenir en compagnie de quelques Ulhans qu'elle avait fait prisonniers. Elle nous apporta aussi une information très importante. En effet, le sergent Vanpeteghem avait repéré que des Allemands avait ouvert un poste d'observation dans le clocher de l'église du plateau d'Ans. Je reçus l'ordre de les déloger.

Je passais donc plus de deux heures à les bombardés, au début j'étais trop court, ensuite trop long. Mais une fois que j'eu réglé la bonne distance entre le fort et le clocher, celui-ci fut rapidement inutilisable par l'ennemi. Mais, quand tous mes camarades me félicitaient et que je fut porté par cette sensation d'ivresse qui nous traverse quand nous réalisons un exploit, le capitaine Naessens faisait grise mine. Je ne savais naturellement pas ce à quoi il pensait, à son regard on pouvait pourtant savoir qu'il était inquiet.

Mais ce n'est pas le rôle d'un soldat d'avoir peur. Nous suivions les ordres sans discuter persuadé que nos chefs savaient ce qu'ils faisaient. Nous avions une fois inébranlable en nos supérieurs et nous étions tous certain de souffrir pour la bonne cause.

La soirée et la nuit furent très calme.

Un poilu dans la boue 1/16

Le lendemain, au matin, le maréchal des logis Krantz et moi, nous prenons une voiture et nous nous rendons à Liège. Pour nous permettre le passage dans un calme relatif, le fort avait cessé tous les tirs en direction du chemin que nous devions prendre.

Sur la route, c'était une cohue indescriptible. Des femmes, des enfants, des vieux et même des animaux envahissait les chemins en direction du fort. Certains voulaient se porter volontaire, d'autres voulaient se réfugier à l'abri de nos canons. D'autres encore cherchait simplement à apercevoir un soldat allemand par curiosité. Tant bien que mal Krantz qui conduisait notre voiture se fraya un chemin.

- Tous des fous ! Fit Krantz en appuyant sur l'avertisseur.

Je ne répondis pas, je ne savais pas quoi dire. A la vue de ces gens, qui euphorique ou paniqué, courraient sur les rues, j'éprouvai un sentiment spécial de la joie et de la fierté d'assister à un évènement historique et unique, mais aussi de la peur. J'avais peur pour ces personnes, dont la vie dépendait en partie de moi. Mais je ressentais aussi des craintes par rapport à ma propre vie. Je ne voulais pas mourir en héros, je voulais simplement faire mon devoir et essayer de limiter les dégâts.

Soudain, au milieu du trajet nous croisons un sergent en compagnie d'une petite troupe composée d'une poignée d'hommes. Il nous fait signe et le chef arrête la voiture à sa hauteur.

- Que voulez-vous sergent? Demanda le Maréchal des Logis Krantz

- Venez-vous du fort de Loncin? Questionna le sergent dont on devinait facilement les origines Liègoise grâce à son accent.

- Oui, nous nous rendons à Liège et je dois rendre un rapport sur l'avancée des lignes ennemies.

- Pouvez-vous faire passer un message au général Léman?

Je vous écoute ! Fit Krantz d'une ferme. A son regard et au timbre de sa voix, je pouvais deviner son énervement.

- Les Allemands arrivent avec l'artillerie lourde !

- Ont-ils réparé le tunnel de Nasproué, près de Dolhain? Demanda-t-il

- Je ne sais pas ! Répondit le sergent. Je suppose qu'ils sont occupés à le faire.

Il est vrai que ce tunnel revêtait une position stratégie pour nous. Détruit ou en mauvais état, les Allemands ne pouvaient pas faire passer les pièces de 420 mm. C'était en effet la seule voie d'accès pour eux.

Je reçu donc pour mission de me rendre près de Dolhain pour vérifier la praticabilité du tunnel.

Je ne mesurais pas encore l'importance de l'artillerie lourde dans cette guerre. J'allais le découvrir plus tard. Pour l'heure j'obéis aux ordres et je me rends, le plus discrètement possible près du tunnel.

Un poilu dans la boue 1/15

En sortant du couloir j'aperçus Gaston en grande discussion avec un camarade. A cause du vacarme assourdissant des obus s'écrasant dans la région je ne pouvais pas distinguer la teneur de leur conversation. Je pouvais simplement voir que mon ami était fort agité. Il levait les bras, s'approchait de son interlocuteur d'un air menaçant, Gaston était rouge de colère. En m'approchant d'eux, je pus enfin comprendre la teneur de leur conversation.

- Comment tu peux dire ça? Tout le monde sait que c'est l'union la meilleure équipe! Hurla Gaston ivre de colère.

- Non, franchement, je pense que c'est le Daring. Répondit calmement le malheureux soldat

- Tu n'y connais rien ! Ce n'est pas pars qu'ils ont été champion cette année, que c'est la meilleure équipe. Sur toute l'histoire du football, deux titres ce n'est rien du tout face à l'ogre de l'union.

- Et toi caporal pour quelle équipe es-tu? Le soldat espérait visiblement mon aide pour sortir de ce mauvais pas.

- Moi? fis-je d'un ton naif? Je suis supporter du FC Liègois.

A ces mots mes deux camarades éclatèrent de rire. Curieuse vision que la mienne à ce moment-là. En plein milieu de la guerre, sous le bruit les mitrailleuses, alors que le sort de notre pays était occupé à se jouer, nous parlions football et deux soldats riaient de bon coeur.

- Tout le monde sait bien qu'il n'y que le football Bruxellois de valable, même les petits clubs de la capital sont capables de tous, par exemple ce petit club de division inférieur, Anderlecht, ils iront loin. Mais toi, la dernière fois que ton club a remporté quelques choses s'étaient au siècle dernier. Tu n'es pas dans le coup Lucien.

Gaston, comme il en avait pris l'habitude, me tapa dans le dos et nous invita, mon camarade et moi à boire un petit verre d'un breuvage dont il avait le secret.

- Allez mes amis, c'est contre les Allemands qu'il faut se battre et pas entre nous.

Il sorti une petite gourde et déboucha le goulot. Il l'a tendit au soldat et ensuite à moi, avant de se servir une longue gorgée.

- Où as-tu trouvé ça toi? C'est bon mais c'est fort lui fis-je en toussant plusieurs fois.

- ça, c'est la boisson local ici à Liège. Ils appellent ça du Peket je crois.

- En tout cas ça remet en forme. Dit le soldat.

Je regardais ensuite le camarade inconnu et lui fit comprendre que je devais parler seul à seul avec mon ami Gaston. Il comprit de suite que le sujet de notre conversation serait plus sérieux. Il nous restait quelques minutes avant de reprendre notre poste lui aux mitrailleuses et moi à l'entrée du fort. Je devais donc faire vite. Je lui expliquais donc que j'allais partir en compagnie du maréchal des logis Krantz vers Liège. Ce serait probablement l'une de mes dernières sorties avant que le gros des troupes allemandes passe à l'action. Gaston m'écouta sans dire un mot, il n'en avait d'ailleurs pas besoin. Je connaissais mon devoir et j'allais accomplir ma mission sans trembler. A la fin de notre conversation et au moment ou le sergent nous rappelait à notre devoir, Gaston me lança un regard affectueux et m'invita à la plus grande prudence. Ce regard, ses gestes et ses paroles resteront à jamais dans ma mémoire.

Un poilu dans la boue 1/13

La patrouille allemande dispersée, nous regagnions le fort la joie au coeur. Durant notre trajet de retour Gaston et moi discutions avec insouciance de notre combat

- Tu as vu comme j'ai taillé en pièce ce minable? Me fit Gaston d'un ton enjoué

- Non j'étais trop occupé avec les miens. En tout cas, ils ne sont pas si terrifiant que ça c'est fameux Uhlans.

Un camarade, qui avait surpris notre conversation ne pu s'empêcher d'intervenir. Manifestement il était en colère et nous en voulait beaucoup.

- Vous êtes vraiment des crétins de la pire espèce. Nous hurla-t-il. Désolé Caporal de vous contredire, mais si vous pensez que nous aurons autant de chance la prochaine fois vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'au plus profond de votre estomac.

- Vous ne pensez pas que nous les arrêterons au fort? Le questionnage

- Non seulement nous ne les arrêterons pas, mais ils vont nous massacrer. Cette armée à dix ans d'avance sur nous, il dispose d'un armement cent fois supérieux au notre et ils sont beaucoup plus nombreux. Notre seule chance est de les ralentir suffisamment longtemps que pour recevoir l'aide des Français.

Au début je pris ces paroles pour du défaitisme, j'y voyais même de la trahison. Puis soudain, un frisson me traversait tout le corps. Et si cet homme avait raison? Si nous courrions tous au masacre? Car crier à tue-tête que nous sommes prêt à mourir pour l'honneur du pays, c'est autre chose que de le faire réellement. Je crois que c'est à ce moment-là que réellement j'ai compris. Je savais que je ne serais plus jamais le même. Que ma vie serait toujours hantée par des cadavres et cris de douleurs. En regardant Gaston j'essayais encore de garder le sourire. J'aimerais vraiment avoir son moral et sa confiance.

Semblant deviner ma soudaine préoccupation, Gaston Lisac voulu apporter quelques précisions quant au réflexions de ce soldat pessimiste.

- Tu sais Lucien, le fort de Loncin est un point stratégique aussi bien pour nous que pour eux. Tu dois être certain qu'ils mettront tout en oeuvre pour prendre le fort ou le détruire. C'est pour cela que le général s'est réfugié chez nous. Nous sommes les seuls à pouvoir retenir les Allemands suffisamment longtemps pour permettre aux Français de nous rejoindre. Mais ce n'est pas pour cela que nous devons avoir peur. Ta famille vit à Tamine, tu n'as pas envie que ces salopards se baladent dans tes rues ou pillent ton épicerie? Nous devons nous battre pour protéger nos familles et pour l'honneur du pays. L'honneur et l'amour de sa famille ne son pas incompatible.

- Merci Gaston, lui fis-je. Mais je pense moi, que l'honneur est une valeur surfaite. Certes j'ai juré de mourir pour protéger le fort et je tiendrais ma promesse s'il le faut. Mais après? Je serais mort, ma famille sera seule et la guerre continuera. Ne faut-il donc pas mieux parfois se retirer pour se battre plus tard?

Gaston éclata de rire comme à son habitude. Il passa son bras autour de mes épaules en m'attirant vers lui tandis que de l'autre bras il me frotta la tête avec son poing.

- Sacré caporal, tu parles comme un vrai général maintenant. Ne t'en fais pas va ! Après tout nous ne sommes pas encore mort !

A ce moment-là, un grand bruit résonna dans la vallée. C'était le bruit de nos tourelles shrapnells qui se firent entendre pour la première fois du Fort de Loncin. Le sergent fit accélérer le pas et c'est en courant que nous arrivâmes au poste de contrôle de l'entrée du fort.

Plus nous approchions plus le bruit devenait assourdissant. Le caporal de garde qui nous reçûmes nous informa que le capitaine Naessens avait ordonné un tir sur une position ennemie signalée par une de nos patrouilles du côté de Ans.

A l'intérieur du fort, le Sergent Mathieu nous fit prendre possessions des saillants.

Un poilu dans la boue 1/14

Le reste de la journée du 7 août ce passa donc pour moi sur les saillants, entouré de mes camarades et essayant tant bien que mal d'oublier le bruit assourdissant des tirs de nos shrapnells. Fort heureusement, nous n'avons pas dû repousser d'attaque ce jour-là. Il n'y a que ce bruit, qui rendait la guerre bien réel, pour nous rappeler qu'à chaque instant nous risquions nos vies.

La matinée du 8 août ne se passa pas autrement que la soirée du 7. On nous signala des troupes allemandes du côté d'Awans et nos mitrailleuses ainsi que notre infanterie réussirent à les disperser. Au fur et à mesure que la journée passe, je m'habituais quelques peu au bruit. Gaston et moi essayons même de discuter un petit peu pour passer le temps. Ces discussions étaient toutefois entrecoupées de tirs - panique de certain camarades croyant avoir aperçus un ennemi. Il fallut toute l'autorité du sergent Mathieu pour empêcher ces soldats de tirer à tout va .

Il est vrai que la tension était palpable ! Même si la peur n'était pas vraiment présente, l'inexpérience et zèle de bon nombre de mes camarades donnaient une image d'un fort pris de panique dont les soldats courraient dans tous les sens essayant de faire au mieux pour respecter les ordres ou les ordres qu'ils croyaient recevoir. Fort heureusement, le capitaine Naessens voyant ses troupes se disperser décida d'engager les pièces de 12 centimètres en direction du champ d'aviation d'Ans. C'est là que nous lui avions signalé des troupes allemandes. N'ayant aucune formation d'artilleur je devais me contenter d'assister au bombardement et à la débandade des troupes allemandes. Peu après le début du bombardement de Ans, je capitaine Naessens me fit appeler auprès de lui.

- Caporal ! Me cria-t-il pour que sa voix se fasse entendre au travers du vacarme assourdissant. Je vous demande de vous rendre à Liège dès que possible. Vous vous y rendrez avec le maréchal des logis Krantz et vous me rendrez compte du mouvement de l'ennemi. Des questions?

- Non mon capitaine c'est très clair.

- Bien allez chercher Krantz et préparer votre départ.

Je salua militairement le capitaine et me dirigea vers le bureau de tirs. C'est là que se trouvait le général Léman et le maréchal des logis Krantz. Il ne me fallut que quelques minutes pour retrouver le sous-officier qui devisait avec le lieutenant Mottard. En approchant d'eux je pouvais entendre le sujet de leur conversation.

- Je me rends à Liége ! dit Krantz à l'attention de Mottard. J'ai bien peur que cela soit la dernière fois.

- C'est pour cela qu'on vous demande d'y aller chef. Et quand partez-vous?

- J'attends que le capitaine Naessens m'en informe.

Se rendant compte soudainement que j'étais à proximité d'eux, les deux hommes s'interrompirent et me regardèrent. C'est le lieutenant Mottard qui me questionna le premier

- Que voulez-vous caporal ? M'interrogea-t-il d'une voix forte et autoritaire

- Mon lieutenant, je suis envoyé par le capitaine Naessens ! Je dois me rendre à la disposition du maréchal des Logis Krantz pour partir vers Liège dès que possible.

Krantz et Mottard s'échangèrent un sourire.

- Eh bien mon cher je pense que vous avez vos ordres ! lança le lieutenant dans un grand éclat de rire.

- Je le pense aussi. Savez-vous quand le capitaine veut-il que nous partions? M'interrogera le Maréchal des logis

- Non monsieur, je pense cependant qu'il serait bon d'attendre la fin du bombardement de l'aérodrome.

- Vous avez raison caporal. Il serait mieux en effet d'éviter de se faire tirer dessus durant notre trajet. Eh bien donc nous partirons demain matin. Essayez d'avoir une voiture à notre disposition vers huit heures demain matin.

Je répondis brièvement et salua mes deux supérieurs. Je n'avais plus rien à faire dans ce couloir et je décidais de rejoindre Gaston qui se trouvait de garde à l'entrée du fort.

Un poilu dans la boue 1/12

Je surpris une conversation entre le maréchal des logis Krantz et le lieutenant Mottard, l'un des intendant du général. Tous les deux étaient d'accord pour dire que le capitaine Naessens avait ses hommes en mains et qu'à partir d'aujourd'hui il pourrait leur demander n'importe quoi. Il ne fallut d'ailleurs pas longtemps pour que le capitaine demande des volontaires pour patrouiller dans le secteur de Ans. Il s'en présenta le double que le nombre demandé. J'en faisais partie tout comme Gaston naturellement. A notre grand désarroi nous ne fumes pas choisis ! Pour Gaston et moi c'était un véritable drame, on se sentait trahis, inutile. Mon camarade alla même jusqu'à supplier le capitaine Naessens. celui-ci nous regarda fièrement, comme un père regarde ses enfants et nous souris. Il ajouta la voix tremblante :

- Messieur je suis heureux de vous avoir avec moi pour défendre notre patrie. Vous êtes déjà des héros.

Après les combats qui se livrèrent autour de Liège, des soldats des 1er et 4e chasseurs à pied, des 9e et 14e de ligne se réfugièrent chez nous. Mais rapidement le capitaine Naessens les renvoya vers Waremme, il ne voulait que ses 500 braves pour défendre le fort. Cet acte renforça encore un peu plus le respect que nous avions envers nos chefs ! Ils avaient confiance en nous et nous ne pouvions pas les décevoir.

Le lendemain Gaston et moi étions envoyés en reconnaissance sur la route D'Ans. Nous étions sous les ordres du sergent Mathieu et accompagné d'une dizaine de camarade. En tant que caporal, je devais m'assurer que les ordres étaient bien respectés et surtout assurer les arrières du groupe, le sergent se réservant l'honneur d'ouvrir la marche. Non loin du champ d'aviation d'Ans, nous aperçûmes l'artillerie allemande prendre position. Ce n'était naturellement pas une bonne nouvelle, la présence de l'artillerie ne pouvait signifier qu'une seule chose : les Allemands prévoyaient de nous bombarder!

A la vue des troupes allemandes s'installant confortablement dans nos plaines le sergent Mathieu donna l'ordre à trois hommes de retourner au fort et de prévenir le capitaine. Quant à nous nous continuâmes notre route d'exploration autour de la ville afin de s'assurer du nombre de soldat ennemi que nous pourrions rencontrer. C'est à quelques kilomètres seulement du fort que nous avons rencontré une patrouille d'Uhlans. Nous étions à une centaine de mètre en arrière d'eux, idéalement placé pour une attaque surprise. Le sergent Mathieu n'hésita pas longtemps, il nous ordonna de nous disposer un tirailleur et nous fit charger droit sur eux baïonnettes aux cannons. Ce fut un véritable carnage ! Les Allemands, surpris par notre attaque, n'eurent pas le temps de réagir. Nous courrions tous comme des fous dans leur direction en poussant des cris de bêtes assoiffées de sang. Avant même qu'ils n'aient pu faire un geste j'avais transpersé de mon arme les poumons et le ventre de deux ennemis. Je me retrouvais ensuite face à un adversaire plus coriace, pour la première fois dans cette guerre mon adversaire m'attendait et il voulait lui aussi me tuer. Je découvrais ce sentiment très étrange de vouloir tuer pour ne pas mourir et non plus pour obéir à un ordre. Mon adversaire luttait avec rage, mais je pouvais lire de la peur sur son visage. C'était la différence entre lui et moi. J'étais certain de remporter la victoire, car ma cause était juste. Après tout c'était lui l'envahisseur, c'est lui qui essaye de prendre nos biens. Chacun sait que le bien doit triompher du mal. Je profitais d'un moment de faiblesse de sa part pour lui percer le ventre, ce qui provoqua un cri terrible de sa part. Il s'effondra presque aussitôt à mes pieds, j'étais vainqueur ! Les autres soldats ennemis ne résistèrent pas plus longtemps, nous nous sentions fort, puissant, invincible ! Il ne fallut pas plus de cinq minutes à notre patrouille pour disperser totalement la vingtaine d'Uhlans qui nous faisait face. Aucune perte de notre côté et au moins dix morts pour eux, c'était une magnifique victoire et une magnifique journée. Ce jour-là j'aimais la guerre.

Un poilu dans la boue 1/11

Le lendemain au fort, je pensais déjà beaucoup moins à ma victime. Je crois que j'ai pris le parti de Gaston qui me soutenait que nous étions en guerre et qu'il fallait agir en conséquence.

Le début de matinée de ce 6 août fût relativement calme. On m'avait chargé de garder l'entrée du fort avec deux autres sentinelles. Comme toujours mes deux camarades étaient Gaston Lisac et Thierry Albin.

Soudain, j'apperçu un petit nuage de fumée qui semblait se déplacer vers nous. Je pris les jumelles et distingua une dizaine de cavaliers. L'un d'eux portait un drapeau aux couleurs de notre pays et chevauchait quelques mètres en avant. Je fis donner l'alerte et prévenir le capitaine Naessens. Il ne fallut pas longtemps au petit groupe de soldat pour parvenir à moi. Je reconnus le général Léman, que j'avais déjà croisé auparavant

Le lieutenant Mottard, qui accompagnait le général et faisait partie de son état major, s'avança vers moi et du haut de son cheval pour demander de prévenir le capitaine Naessens de leur présence. J'envoyai Gaston et resta un petit moment seul avec cet escadron particulier pendant que Thierry continuait de scruter l'horizon avec ses jumelles. Le capitaine Naessens fini par arriver et interrogea directement le général Léman.

- Je viens d'être victime d'un attentat ! cria le général en faisant référence aux nombreuses attaques allemandes. je demande à pouvoir me mettre à l'abri de vos canons.

- Quels sont vos ordres? Questionna le capitaine

- Je n'en ai pas à vous donner rétorqua Léman ! Vous êtes ici chez vous et la direction du fort vous appartiens. Moi je m'occuperai de l'organisation de nos lignes et de notre défense face à l'ennemi.

Rapidement la nouvelle de l'arrivée se répandît comme une trainée de poudre et bientôt tout le camps était en ébullition. Le capitaine Naessens rassembla tous ses hommes dans la cours pour un discours mémorable en français mais aussi en flamand, la langue de nombreux camarades:

Camarades ! Notre Général nous fait l'honneur de se réfugier chez nous ! Voulez-vous le livrez aux allemands?

de toute part des cris hystériques se firent entendre "non,non !" criait-on dans toutes les directions.

Alors ! repris le capitaine. Nous devrons nous battre et mourir ici ! Mais je vous fais le serment que jamais je ne livrerai le général et jamais je ne vous trahirais en rendant les armes à ces infâmes !

Je n'attends de vous qu'une chose : jurez moi que vous ne vous rendrez jamais !

Car ou nous sauterons sous les bombardements allemands ou ils lanceront une attaque désespéré contre le fort. Nous lutterons tous jusqu'au bout. Et la dernière balle de mon pistolet je la réserve pour moi. Et Ensemble nous irons au paradis, avec la satisfaction du devoir accompli.

à ces mots chacun d'entre nous, pris d'un enthousiasme hystérique, nous avons juré ! Juré de mourir pour protéger ce bout de cailloux, juré pour ce mot qu'on appelle honneur, juré car personne ne voulait se dérober à son devoir.

Après son discours le capitaine Naessens se retourna vers le général Léman. Et quand celui-ci demanda s'il était sûr de ses hommes, notre capitaine pu répondre avec fierté :

- Oui mon général, j'ai confiance en le courage de mes soldats !

A partir de ce moment, tout le fort fut envahit par un sentiment de nationalisme extrême. l'hymne national était fredonné partout. "Le roi, la loi, la liberté" Ce refrain prenait pour nous un sens nouveau. Nous allions probablement mourir pour le roi et la liberté, au lieu d'avoir peur et de panniquer nous étions tous d'accord pour nous diriger dans la joie vers le crépuscule de notre vie. Je criais à l'assemblé : "nous mourrons tous un jour. Nous ce sera en servant la nation" . Je me sentais belge comme jamais auparavant.

Un poilu dans la boue 1/10

Les journées du 4 et du 5 août passèrent comme une sorte de rêve. De partout, le bruit des coups de feu et de cannons résonnaient. Nous recevions des rapports de toutes part indiquant que la percée allemande était un succès. Le général Léman reculait d'heure en heure. Mais nous, le demi milliers d'hommes enfermés au fort, attendions que quelques choses se passent enfin pour nous sortir de cette torpeur. C'est à ce moment-là que Gaston Lisac proposa une idée originale au capitaine. Il voulait que lui et moi, accompagné par deux autres camarades, nous participions à des missions journalières de reconnaissances. Le 5 au matin nous étions donc à quatre armés jusqu'aux dents, soit à établir la liaison entre Loncin et les forts qui résistaient encore, soit à patrouiller et à renseigner le commandant sur la présence de l'ennemi. C'est au cours de cette première mission que nous avons reçus notre baptême du feu. J'allais tuer un homme pour la première fois.

Cela se passa à la sortie de la ville de liège, sur la route de Ans. Une patrouille de Uhlans se dirigait vers Loncin. Ils étaient quatre, comme nous. Nous les aperçûmes au coin d'une ferme où nous avions décidé de diner.

Il s'agissait probablement d'une patrouille de reconnaissance. Envoyé sur la route de Loncin afin d'évaluer le danger que pouvait être notre résistance. Ils étaient encore loin et la configuration du champ était tel que nous pouvions les voir un long moment sans être vu. Gaston fut le premier à réagir, il se retourna vers moi, comme pour demander la permission de parler.

- Camarade, l'heure est venue d'entrer en guerre ! Offrons au capitaine Naessens les armes de ces imprudents!

Rapidement, nous nous plaçâmes autour de la ferme. Nous étions en embuscade disposés dans un carré élargit au maximum. Quand Les Allemands entreraient dans la zone de tire, ils n'auraient aucune chance de s'en sortir.

Leur uniformes, composé d'une tunique brunatre composés d'une série de boutons d'orées disposées en V, de longues bottes de cuire noirs et d'un képi mou et rond, étaient identifiables entre mille. Les quatre militaires chevauchaient quatre magnifiques étalons. Ils étaient noirs, d'une musculature saillante et marchaient au pas de l'air le plus fier qu'un cheval pouvait avoir en temps de guerre.

Pendant que nos futures victimes se dirigeaient vers notre piège, je pensais nerveusement aux consignes de tire que nous avions reçu lors de notre très courte formation. "regardez droit devant vous, choisissez votre homme et tirez!"

Dit comme cela, on ne se rend pas bien compte de l'importance et des conséquences de consignes. Comment pourrais-je choisir un homme parmi quatre et décider qu'il allait mourir? Pourquoi celui-là et pas un autre? Tandis que les soldats allemands avançaient, je distinguais la silhouette de mon ennemi. C'est un homme assez petit, trapu, avec de longue moustache noire et des courts cheveux foncés. Son teint semblait pâle et son visage fatigué, pourtant il se tenait droit sur son cheval scrutant l'horizon à la recherche d'éventuel adversaire. Plus je le découvrais et moins j'avais envie de le tuer. Il était peut-être père de famille, ses enfants attendaient certainement inquiet son retour de la guerre. Avais-je le droit de détruire une famille?

Il était maintenant à quelques mètres de moi. Je voyais Gaston me faire signe de donner l'ordre de faire feu. J'étais désemparé. Un long instant, je pensais laisser filer les quatre hommes et rester en paix avec ma conscience. Puis je repensais à mon devoir envers la Belgique, la mère patrie. Je ne devais pas faillir ! Et pour le roi, le pays et mon honneur je fis feu. Je fus suivis dans la seconde par Gaston et mes deux autres compagnons.

Les quatre allemands se couchèrent, certain sur le vendre d'autre sur le dos. Une fois tout danger écarté je m'approchai de ma première victime et le regarda. Il avait les yeux grands ouverts et le regard vitreux. Du sang coulait de son ventre et de sa gorge. Il était mort.

Et moi je me sentais vivant comme jamais.

Un poilu dans la boue 1/8

Quelques instants plus tard le lieutenant ouvrit la porte et me demanda d'entrer. J'entrai donc dans une pièce assez grande par rapport au reste du fort et plutôt confortable. Le général Léman était assis dans un fauteuil de cuire noir le lieutenant et le sergent debout de part et d'autre du bureau, il était droit comme des "i". Tous regardaient ma chaussure grise et semblait fort perturbés. Ne sachant pas quoi faire je restais en plein milieu de la pièce à attendre une hypothétique intervention d'un de mes supérieurs présents dans le bureau.

ce fut le général Léman qui me posa la première question. J'étais très surpris de son contenu.

- Caporal ! dit-il en me fixant. Savez-vous ce que signifie cette chaussure ?

J'hésitas un petit moment à lui répondre ne comprenant pas très bien le sens de la question

- mon général, lui répondis-je. Je ne comprends pas ! J'ai reçu les ordres du capitaine Naessens en personne. Il m'a dit que je devais transporter des munitions jusqu'ici.

Le général croisa le regard du lieutenant et souris. Visiblement, ils ne pensaient pas que j'avais détourné les munitions. Cela me rassura quelque peu.

-Caporal, dit le général. Rassurez-vous! Je ne vous accuse de rien.

Il pris la botte et la retourna. Il y tomba une petite boule de papier et sur laquelle on pouvait lire quelques inscriptions.

- Voyez-vous, dit Léman. Nous avons trouvé un moyen discret de communiquer. Le Capitaine Naessens ne vous a pas mis au courant pour éviter les fuites.

Le lieutenant arriva près de moi et me mis sa main sur l'épaule

- Te voilà dans le secret des dieux caporal ! hurla-t-il.

Soudain le ton redevint sérieux et le général commença à me donner ses ordres.

- Bien, je vais écrire mes ordres et les remettre dans cette chaussure, vous les donnerez en main propre au capitaine.

Je ne résista pas à l'envie de lui poser une question . Une question qui doit probablement trotter dans les têtes de milliers de mes camarades sur toute la frontière belge.

- Mon Général tentais-je. Puis-je vous poser une question?

Le général me regarda avec gravité un long moment. Tous les autres avaient la tête baissées, ils avaient deviné l'objet de ma question.

Le général Léman fini par me répondre

- la guerre a déjà commencé fils. On m'a signalé des bombardements à Lunéville en France. D'ici quelques heures nous devrons nous attendre à une invasion.

Il se leva de son fauteuil et me tendit la botte dans laquelle il avait replacer un bout de papier contenant ses ordres. Je pris congé de lui et du lieutenant et l'Adjudant Verdcourt sortit du bureau en même temps que moi.

Dans la cour, je retrouvai Albin et Gaston Lisac, ce dernier se précipita vers moi pour me poser une série de questions. On aurait dit un enfant qui a vu le grand Saint Nicolas en personne.

- Alors, tu as vu le général Léman ? M'interrogea-t-il avec l'excitation d'un enfant

- Oui Gaston et il nous demande de retourner à Loncin et de nous préparer à défendre notre position.

Thierry et Gaston me regardèrent avec étonnement. Je crois qu'ils n'osaient pas comprendre ce que je venais de leur dire. Il eut un long moment de silence avant que Thierry Albin ne m'interrogea à nouveau.

- Tu veux dire que la guerre est pour bientôt ?

Je pris une bonne bouffée d'air avant de leur répondre sans détour

- Oui mes amis. D'après le général Léman l'invasion devrait débuter d'ici quelques heures.

mes amis n'insistèrent pas davantage et le trajet de retour ce fit en silence et assez rapidement. Comme il était déjà tard et que nous rentrions de mission notre sergent nous autorisa à nous reposer quelques heures. Ce fut notre dernière nuit en temps de paix. Il ne nous restait que quelques heures d'insouciances et de jeunesse. La plupart des visages qui se trouvaient autour de moi allait s'éteindre à tout jamais dans les jours à venir. Rien cette nuit là ne laissait penser au drame qui allait se jouer dans ce bâtiment quelques jours plus tard.

Je ne vous ai pas encore parlé des petites particularités du fort de Loncin. Par exemple, le fort était conçu de tel façon que les latrines et les cuisines se situaient d'un côté du fossé entourant le fort les chambres et l'armement se trouvaient de l'autre côté. Si bien que nous devions choisir entre manger ou dormir. Durant cette nuit, Gaston et moi avons fait les deux. Nous avons profité de l'autorisation du sergent Van Messelen pour manger un ragoût à la composition douteuse et pour boire une ou deux bières, que nous avons réussi à dérober à la vigilance de nos supérieurs.

Un poilu dans la boue 1/9

La première partie de la nuit se passa dans le calme. Jusqu'au moment ou plusieurs d'entre nous dans le dortoir, crûmes entendre des explosions. Gaston et moi bondîmes hors de notre lit et nous nous dirigeâmes vers la cours extérieur. Là le capitaine Naessens et le sergent Van Messelen donnait des ordres à différent soldats qui, comme nous eurent la mauvaise idée de se lever.

- Caporal venez ici, hurla le capitaine. Comme vous et votre camarade êtes levé vous allez pouvoir m'être utile. Prenez deux hommes et allez renforcer l'aile nord du fort jusqu'à ce qu'on vous relève.

Cette fois c'était parti; j'allais pouvoir montrer ma valeur et servir mon pays. Une sorte d'euphorie régnait au fort; Chacun d'entre nous était volontaire pour les missions les plus dangereuses quelques heures plus tard nous avons reçu la confirmation que l'invasion avait commencé. Le général Léman et tous ses braves essayaient tant bien que mal de repousser l'ennemi. Je ne l'appris que bien plus tard, mais les force allemandes ne reçurent pour ainsi dire, pas d'opposition jusque Liège. Le chaos le plus total régnait entre nos lignes. Certains civils, voyant l'armée allemande s'avancer sans résistance sur le territoire belge croyaient simplement que le gouvernement avait autorisé leur passage.

A Liège par contre l'état d'esprit était tout autre. Les gens étaient fanatiques, persuadés qu'ils étaient de pouvoir chasser l'ennemi sans difficulté. Les troupes allemandes reçurent leur première riposte assez tôt dans la matinée du 4.

Durant cette journée, ma mission principal était de servir de relai entre les forts de Loncin et de Barchon. Je fis donc plusieurs fois la navette en voiture en compagnie de mon ami Gaston Lisac. A chaque visite je rapportais des nouvelles de l'avancée des troupes allemandes. En général il s'agissait de mauvaises nouvelles. La percée allemande se faisait de plus en plus net ! Vers midi on pouvait dire sans problème que l'invasion allemande était une réussite, du moins de leur côté. Il ne leur fallut que quelques heures pour réparer des ponts ou déblayer des rues que nous avons mises toute une nuit à détruire. Nous devions nous rendre à l'évidence notre équipement et notre armement avait au minimum une guerre de retard. Nous aurions pu riposter valablement aux troupes de Napoléon, pas contre la puissance allemande.

Le Capitaine Naessens, à qui je rendais compte, se doutait déjà bien que notre résistance serait brève et inefficace

Un poilu dans la boue 1/7

Deux barres ! Un statut social déterminé par deux barres. Je les reçus du soldat en charge des fournitures. On y trouve tout ce qu'un bon soldat à besoin pour survivre. Des munitions, quelques uniformes et certaines médications de bases. Il fournissait aussi parfois quelques morceaux de chocolats.

Pas question d'entrer dans ce lieu saint sans un ordre écrit d'un officier. Les munitions, bien qu'en nombre suffisant étaient hyper contrôlées. Une fois mes galons reçus, j'ai profité du repos accordé pour faire le tour de notre fort. Je voulais me familiariser le plus possible avec tout ce qui composait le fort de Loncin, vu qu'il était très clair que je devrais livrer combat dans ces lieux, il était impératif que j'en connaisse ses moindres recoins.

La forme globale du fort était triangulaire. L'activité principal du fort se déroulait dans la cours, un grand espace ou tous les soldats pouvaient se retrouver à l'abris approximatif du feu ennemi.

Autour on retrouvait naturellement les corps de gardes et les tourelles de défense. Les saillants, sorte de grandes tranchées séparant le coeur du fort aux abords extérieurs de celui-ci, étaient larges d'une dizaine de mètres et fort intimidantes quand on regardait les hauts murs qui nous serviraient de protections lors de l'attaque de l'ennemi.

Nous étions répartis en équipe de tels sortes que les saillants étaient toujours occupés par une poignée d'homme. De même que les tourelles étaient toujours occupées pour pourvoir agir rapidement en cas d'attaque.

Le capitaine Naessens était petit, trapu, avec une tête très énergique et des yeux bleus d'acier, au regard scrutateur. Il était adoré de ses soldats. Même moi, qui le connaissait depuis quelques heures seulement, j'éprouvais pour lui un profond respect. Il donnait ses ordres comme si nous étions à la veille d'une grande kermesse sans alarmer ses hommes, mais en n'oubliant pas de leur rappeler qu'en le servant ils servaient le roi et tout le peuple belge.

Le capitaine envoyait régulièrement des soldats en mission à Liège, afin d'être tenu au courant des mouvements des troupes. Il était ainsi en contact presque direct et journalier avec le général Léman. En tant que caporal, une mission me fut rapidement confier. Je devais me rendre au fort de Barchon avec deux hommes et escorter un convois de munitions. J'étais ravis de cette mission, j'allais enfin pouvoir agir. Je pris comme second mon camarade Gaston ainsi que le soldat Albin, un charmant compagnon qui s'était tout de suite porté volontaire. Trois hommes, une voiture et un chauffeur et mon escorte était formée.

Le trajet vers de fort de Barchon n'était pas très long. La ligne de défense de Liège étant prévue pour faire un barrage efficace sur une ligne d'une vingtaine de kilomètre. J'ai suivi les conseils de Gaston et nous suivîmes un trajet légèrement courbée si bien que nous arrivâmes au fort par Dalhem. Le voyage se passa sans incident et peu avant 22h ce 3 août nous demandions l'autorisation d'entrée dans le fort de Barchon.

La sentinelle de garde nous laissa entrer, après avoir vérifié nos papiers et notre ordre de mission. Il nous indiquât le centre du fort ce qui nous obligea a passer par les logements de nos camarades.

Ce fut l'Adjudant Verdcourt, le responsable du matériel, qui nous reçus. C'était un homme méticuleux et très charmant.

- Alors ? Nous dit-il en souriant Qu'apportez-vous là? De la bonne bière ? Du fromage de Herves ? Des jambons d'Ardennes?

- Hélas non chef ! Lui répondit Gaston d'un ton tout aussi amicale.

- Ce sont des munitions du fort de Loncin que nous vous apportons conformément aux ordres de Monsieur Naessens. Enchaînais- je de la voix la plus douce et respectueuse possible.

Il nous regarda d'un air étonné puis s'approcha de notre voiture afin d'examiner le contenu de notre coffre. Il commença par prendre un pied-de-biche pour faire sauter les clous qui gardaient la planche de couvercle solidement attaché à la caisse. Quant-il eu terminer de retirer la moitié des clous, il eut suffisamment d'espace pour soulever la planche sans pour autant ouvrir totalement la caisse. Il y jette un rapide coup d'oeil à l'intérieur et sorti une bottine.

- Hé bien, me dit-il, vous avez fait tout ce chemin pour m'apporter des bottes ?

Il se retourna vers Gaston et Thierry Albin et leur donna l'ordre de mettre la caisse dans le dépôt. Il les regarda un instant pour s'assurer que les deux camarades s'exécutaient bien, puis il revient vers moi.

- Caporal ! Dit-il. Suivez-moi chez le Géneral Léman.

Je n'avais pas remarqué qu'il avait gardé une botte elle était grise et pleine de boue. Je ne connaissais pas ce modèle.

Arrivé devant la porte du bureau du général il m'ordonna d'attendre et entra seul la bottine à la main.

Je ne restai pas seul longtemps, un lieutenant entra à son tour dans le petit hall vient vers moi l'air interrogateur.

- Dites-moi caporal, le général Léman est-il dans son bureau?

- Oui mon lieutenant je crois, j'attends les ordres qu'il me donnera.

-comment "vous croyez"? Qu'attendez-vous là alors?

- L'adjudant Verdcourt qui est entré mon lieutenant.

Il me dévisagea un instant puis repris son questionnement.

-D'où venez vous? Je ne vous ai jamais vus dans le fort !

- je viens du fort de Loncin d'où j'ai reçu l'ordre du capitaine Naessens d'apporter une caisse de munitions, qui s'est avérée contenir des chaussures.

Le lieutenant devint pâle, il voulu être certain d'avoir compris ce que je lui disais. Une fois qu'il s'en était assuré, il entra précipitamment dans le bureau du général.

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