Le spin of de l'univers fantastique de Nanard

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La chute des Merovingiens

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juin 17

La chute des Mérovingiens 8

Thierry de Gap était un homme pressé. Il passait ses journées a courir d'un endroit à l'autre donnant ses ordres en marchant sans s'assurer d'être compris. Le capitaine de la garnison de Metz était, pourtant, un meneur d'homme né. Il pouvait galvaniser ses troupes par un discours plein d'emphase, il menait les charges au milieu de ses soldats, buvait la même eau, mangeait la même bouillie. Il était craint et respecté par ses hommes.

Messir Thierry n'était pas d'un noble lignage, il avait battît sa réputation grâce à ses victoires et son habileté à gérer et mener les troupes. Au fil des ans, le petit sergent qu'il était se fit remarquer par Pepin de Herstael, gravissant les échelons à grande vitesse il se retrouva bientôt capitaine de la garnison de la ville de Metz. Plus tard, Pepin cherchant à protéger sa capital, l'avait nommé maire et gardien de la ville. Lorsqu'il appris l'arrivée de Charles, Thierry ne savait pas quelle attitude adopter. Il aimait le Duc de Herstael mais jusqu'ici il avait réussi à se tenir à l'écart du conflit entre Plectrude et son ami. Ne prenant pas position, il espérait se ranger du côté du plus fort le moment venu. Charles en avait décidé autrement et il savait que le choix qu'il allait faire déterminerait certainement la suite de sa vie.

En ces temps incertains, il fallait agir vite et ne pas se tromper. Plusieurs camps s'opposait farouchement d'abord Plectrude héritière de son mari Pepin qui défendait la mairie d'Austratie au nom de son petit-fils Théodobald. Ensuite Rainfroi, Duc de Neustrie profitant de la relative faiblesse de l'Austratie pour asseoir son autorité sur le royaume Franc. Les troupes mobilisées, les étendards levées, c'est ce dernier qui prit l'avantage, en remportant une victoire importante dans la fôret de Cuise

Il fit attendre le Duc dans une petite pièce à côté de son bureau, demanda a entendre le rapport de ses sergents avant de rencontrer. Si l'avenir de Charles était incertain, celui de Plectrude l'était encore plus. Le rapport que Thierry reçu amenait à penser que la victoire et par la même occasion, le pouvoir, pouvait basculer d'un côté ou de l'autre. Le capitaine allait devoir faire ce pourquoi il était le moins doué: Choisir son camps.

mai 5

La chute des Mérovingiens 7

semblant craindre la colère de son maître, Henri recula instinctivement! Il n'avait pas peur de Charles, mais il savait que les humeurs de son suzerain pouvaient amener les pires extrémités. Tentant une fois de plus une explication, le conte d'Haiseult repris la parole.

- Cet enfant est certes bien jeune, mais il est ,au même titre que vous, héritier à la mairie. Et comme Plectrude gouverne en son nom, il est à craindre que le peuple lui donne son soutien quand le moment sera venu.

- Le peuple? Demande Charles incrédule. Mais que viennent faire ces quelques cerfs dans cette histoire? Le monde aime les vainqueurs, Chassons cette grâce, laissons dieu s'occuper de sa descendance et qu'il me laisse m'occuper du royaume des Francs.

Charles avait une façon déconcertante de gérer ces affaires. Pour lui tout était simple, comme il ne doutait pas de sa légitimité, il ne doutait pas de la réussite de son projet. Soudain, semblant possédé par une puissance supérieure, Charles lança son étalon blanc en direction des portes de la ville.

- Suis-moi, mon ami dit-il sans se retourner, ce soir nous mangerons dans mon hôtel de la belle ville de Metz.

A peine était-il arrivé aux portes de la ville qu'un homme armés d'une fourche le stoppa et le menaça de l'oxire s'il ne rebroussait pas chemin.

- Qui es-tu? Demanda Charles

- Je m'appelle Gustave Messir et je me vois dans l'obligation de vous interdire l'entrée de la ville.

- Et pourquoi cela questionna le conte d'Haiseult, qui venait d'arriver.

- C'est la révolution Messir, nous avons appris que le duc d'Austratie s'était libéré et venait prendre les armes contre sa belle-mère Plectrude. Le visage de Charles rayonnait, il se retourna vers son ami sans plus prêter attention au paysan. Henri qui n'avait rien perdu de la conversation s'approcha interrogea l'homme à la fourche.

- Et qu'attends-tu là l'ami? Demanda-t-il

- Nous fermons les portes de la ville, plus personne ne pourra entrer sans l'accord de Messir Thierry.

Charles et Henri se regardèrent un bref instant. Ils semblaient tous deux avoir eu la même idée.

- Hé bien Gustave, c'est ton jour de chance dit Charles en lui jetant une poignée de pièce d'or. Prends cet argent et va dire à Thierry que son suzerain Charles demande a rentrer dans sa ville.

Un instant incrédule, le paysan eu tôt fait de ramasser la fortune jetée à terre et de s'empresser d'exécuter ses ordres.

En regardant l'homme s'éloigner, Charles pensa qu'il n'allait pas tarder à savoir si son ami d'enfance lui était resté fidèle.

mar. 30

La chute des Mérovingiens 6

Leur ébats terminée, Plectrude, comme elle en avait pris l'habitude, commença à laisser échapper ses pensées auprès d'Hector d'Aix. Lovée dans les bras de son jeune amant, la veuve de Pépin de Herstael rageait contre son beau-fils et le roi Dagobert.

- Méchant petit roi, dit-elle en caressant le bras de son serviteur.

- Puis-je vous être d'une quelconque utilité? Demanda Hector d'un air naïf et détaché.

Plectrude se retourna sur elle-même, écrasant par la même occasion sa poitrine dénudée sur le torse velu du jeune homme. Elle le regarda dans les yeux un long moment en silence. Soudain elle sourit et l'embrassa puis, elle se redressa légèrement.

- Je voudrais que tu le tue. Dit-elle tout en l'embrassant.

Hector triomphait, c'était la seconde fois qu'on faisait appel à lui pour ce genre de tâche. D'abord, pour Grimoald, maire de Neustrasie, assassiné alors qu'il se rendait au chevet du duc de Herstael. Il avait réussi à faire accuser un pauvre rebelle qui avait eu le tord de croiser sa route. Mais Plectrude lui demandait d'assassiner le roi sans jamais se douter qu'il avait déjà assasiné son fils. Cruelle coincidance dont Hector s'amusait. Avec une tel proposition, il était certain qu'elle ne lui refuserait plus rien. Il se voyait déjà maire du palais d'Austrasie. Toujours allongée sur le torse de son amant, Plectrude avait imaginé un scénario qui, si les choses se passaient comme elle l'espérait, pouvait faire d'elle la personnalité la plus importante du royaume des Francs. Avec la mort de Dagobert, elle espérait que le Duc d'Austrasie s'allie avec le maire du palais de Neustrie, Raganfred afin de nommer Chilpéric comme roi. Si c'était le cas, elle aurait alors une bonne occasion pour lever une armée et chasser une bonne fois pour toute deux de ses puissants ennemis. Hector quant à lui espérait épouser Plectrude et devenir ainsi maire du palais d'Austrasie. De ces deux personnages, il n'y en avait pas un pour imaginer un seul instant que la révolution qu'ils croyaient préparer pourrait se retourner contre eux.

Pendant ce temps-là, Charles et son ami Henri de Haiseult chevauchaient à grand galops, en direction du nord vers la ville de Metz. Dans les jours qui suivi son évasion, Charles de Herstael avait décidé de s'éloigner un maximum de Plectrude et de ses acolytes. Quand ils arrivèrent en vue des fortifications de la ville, la nouvelle de sa libération avait déjà fait alimenter bien des conversations. Metz était la capital de l'Austrasie, bien que Plectrude et son père, Pépin, préféraient demeurer dans leur château de Herstal, le centre de l'Austrasie était cette belle ville de Metz.

- Enfin, dit Charles en apercevant les contreforts de la ville, tu peux me croire, rien ne pouvait me faire plus plaisir aujourd'hui que de rentrer dans ma capital.

- Monseigneur, ne craignez-vous pas de ne pas y être le bienvenu? Demanda Henri

Tout en caressant les flancs de son cheval, Charles observa un moment Le conte d'Haiseult, comme s'il ne comprenait pas le sens de ses paroles. Après tout, n'était-il pas l'héritier légitime de son père défun?

Semblant deviner l'interrogation de son ami, Henri osa quelques explications.

- Plectrude est certes la plus mauvaise des femmes, mais elle pense à Théodobald, lui aussi est légitime.

- Cet enfant de six ans? S'emporta le Duc d'Austrasie

mar. 25

La chute des Mérovingiens 5

Plectrude était une femme de caractère, mais ses caprices pouvaient être aussi exagérés que ne l'étaient ses colères. Lorsqu'elle prenait son bain, elle exigeait la seule présence de son intendant et confident, Hector. Celui-ci devait se trouver près d'elle et entièrement nu. Il lui lavait les cheveux tout comptant les exploits de Mohamet.

- Et tu affirmes qu'il est envoyé de dieu ? Demanda Plectrude tout en s'aspergeant les épaules d'eau tièdes.

Plectrude aimait se faire conter les avantures de cet homme qui pourrait influencer durablement l'histoire du monde.

- Non, je n'affirme rien de tel. Ce que je dis, c'est que Mohamet semblait se présenter comme cela auprès des peuples qu'il rencontrait. Répondit Hector visiblement attiré par la poitrine dénudée de sa maîtresse.

- Et qu'en dit le pape? Questionna-t-elle

Hector poussa un profond soupir, comme pour montrer que la conversation commençait à l'ennuyer et qu'il avait autre chose en tête. Il finit cependant par répondre.

- Pour le moment il est intrigué par tout cela, d'après l'évêque Hubert, il se pourrait même qu'il rencontre un fidèle.

La dame de Herstal sorti d'un bon de sa baignoire en bois, laissant apparaître toute sa nudité. A cette époque être nu n'avait pas la même signification qu'aujourd'hui, les corps s'exposaient sans pudeur ni arrière pensée. Les uns étant généralement les serviteurs des auteurs tout se passait selon des règles bien définies et accepté par tous.

- Foutaise, Crois-moi, il faudra mater cette nouvelle pensée. Le monde n'a connu qu'un seul messie et il a fini sur la croix. Maintenant, occupe toi de moi. Ajouta-elle avec un regard malicieux.

mar. 18

La chute des Mérovingiens 4

Durant les heures ou Eudes d'Aquitaine essayait de convaincre le roi de se joindre à son projet. Plectrude avait regagné, pleine de rage, son hôtel de Herstal. Plectrude n'eut pas le temps de mettre un pied sur le sol de sa demeure, que déjà elle hurlait à tue tête, toujours hors d'elle, elle avait déjà préparé sa vengeance sur Charles.

- Thierry ! Thierry ! Criait-elle d'une voix grave, presque masculine. Mais où est donc ce jeune niait?

Une dame apparu en courant dans le couloir, elle était jeune, vêtue comme une servante et manifestement impressionnée par l'aura de sa maîtresse.

- Monseigneur Thierry est à la chasse il ne restera pas avant plusieurs jours.

Plectrude s'emporta une fois de plus.

- A la chasse? Dans un moment pareil? Mais ne sait-il donc pas que le sort du royaume se joue peut-être.

- Je peux le faire chercher si vous le désirez?

- Et comment? Vous ne l'avez pas encore fait? Voilà déjà un bon instant que je suis ici et il ne sait toujours pas que je l'attends? Mais vous ne serez pas longtemps ma lingère si vous vous conduisez comme une vilaine !

La pauvre jeune fille, après s'être fait sévèrement tancé, repartit en courant, comme elle était venue, la peur en plus.

Toujours en colère, Plectrude se dirigea ensuite vers son petit salon, l'endroit où elle tenait conseil généralement et s'allongea dans le grand lit qui se trouvait au milieu de la pièce.

Plectrude avait le sang chaud, elle était impulsive et violente, mais elle avait une grande intelligence. Elle savait que pour garder une longueur d'avance sur Charles, il fallait agir rapidement. Elle ne resta pas longtemps allongée. Après quelques instants de méditation silencieuse, elle actionna un long ruban de soie reliée à une clochette, l'instant d'après un homme élégamment vêtu entra.

- Madame a sonné? Demanda-t-il avec révérance?

- Je désire faire mes soins apportez-moi mes onguents et de l'eau.

le jeune homme ne put s'empêcher de sourire.

C'était un jeune garçon d'environ dix-huit ans, les yeux bleus, la tête blonde, les épaules larges. Il avait une allure de noblesse naturelle, malgré sa pauvreté, il prenait un soin particulier à son apparence, ce privant régulièrement de nourriture en échange d'un bel ornement.

Depuis qu'il était entré au service de Plectrude, il y a six mois, Hector d'Aix allait de surprises en surprises. D'abord, entré comme valet, sa jeunesse et sa beauté lui valurent de devenir aussi l'amant de Plectrude. Il était plus un jouet qu'un amant, mais ce favoritisme dont il était le bénéficiaire le flattait et l'arrangeait bien. Lui qui était arrivée de la ville de Liège il y a un an sous la recommandation de Monseigneur l'évêque Hubert. Il avait été placé par l'évêque sous la condition secrète qu'il lui fasse parvenir le maximum d'informations. Il avait fait mieux que ça, après tous, les meilleures informations ne se prennent-ils pas dans un lit ?

Hector fit prestement préparer les eaux pour sa maitresse, il donnait ses ordres comme s'il était l'homme de la maison. Chaque fois que Plectrude le faisait appeler son égo augmentait de façon démesurée, il se voyait à tour de rôle prince, puis roi. S'imaginant faire trembler les seigneurs francs rien quand prononçant son nom.

fév. 6

La chute des Mérovingiens 3

- Sir, cria le duc en faisant une entrée théâtral. J'ai tout entendu, cette méchante femme doit être enfermée.

- Monsieur D'Aquitaine ! Dit le roi timidement. Vous étiez là. Que me vaut votre visite?

Eude mis un genou à terre baissa la tête. Dagobert, instinctivement fit un pas vers l'arrière.

- Sir, je suis venu en toute humilité pour vous proposer mon aide. Avec l'aide du conte de d'Austrasie, je peux vous débarrasser définitivement le royaume de Plectrude.

Dagobert, comme toujours, était contre toute forme de violence. Il n'aimait pas prendre position, il se plaisait à croire qu'un bon roi ne pouvait prendre de décision radicale. Cet état d'esprit menait le plus souvent à ce que le roi ne prenne aucune décision.

- Madame Plectrude est certes un peu expansive, mais elle apporte beaucoup au royaume. Il n'y a donc pas de raison de l'en chasser.

Eude sentait déjà une forme de résignation.

Décidément il n'y a pas moyen d'avoir une décision de cet imbécile, pensa le duc D'Aquitaine. Eude tenta néanmoins un second assaut.

- Sir, que pensez-vous que Pelctrude fera en apprenant que Charles est en liberté? Elle pensera que vous l'avez fait libérer voilà tout. Dagobert pâli et s'appuya contre l'un des grands murs froids de la salle du trône.

- Vous croyez? Dit-il visiblement paniqué !

Eude se redressa triomphant, il s'approcha du roi et lui posa la main sur l'épaule.

- Vous pouvez être certain qu'elle n'hésitera pas à vous tuer lorsqu'elle l'apprendra.

Dagobert pensa soudain à la réaction qu'elle avait eu quelques instants plus tôt, lorsque Plectrude voulu le gifler. Il savait que cette femme était capable de tout. Pour la première fois de sa vie, le roi des francs s'apprêtait à prendre une décision.

- Qu'attendez-vous de moi; Dit le roi en regardant Eude dans les yeux.

- Abandonnez le parti de Plectrude qui ne vaut plus rien et soutenez en arme et en argent le parti de Charles. remettez-vous à lui.

- C'est entendu ! S'exclama Dagobert, vous avez ma bénédiction. Que dieu vous guide et vous protège. Et surtout tenez-moi informé de l'évolution de votre projet.

Le roi parti, Eude regardait la grande chaise vide qui servait de trône à ce petit roi.

- Qu'elle imbécile, pensa-t-il.

Pas une seule seconde, Dagobert ne s'était informé du projet, il n'avait posé aucune question quant à son avenir. Il s'en remettait totalement à Charles et ses amis.

déc. 17

La chute des Mérovingiens 2

Quand cette grande jeune femme, d'environ 35 ans, entra dans le petit salon du roi. Elle était déterminée à en finir. Plectrude n'était pas à proprement parler une jolie fille, elle était intelligente, charmante peut-être, mais elle n'avait rien avoir avec la beauté d'Alpaïde sa grande rivale et seconde épouse de son mari, Pepin. Heureusement pour Plectrude, la mère de Charles était décédée quelques années plus tôt, la laissant comme unique dépositaire de la pensée de son mari. Au prix d'une année d'intrigues et de manipulations, elle avait réussi à persuader le roi Dagobert III d'enfermer le duc d'Austrasie. Une année durant, avec l'aide de faux témoins, elle avait pratiqué un vrai lavage de cerveau auprès du roi. Tout était bon pour le discréditer. On comprend mieux la rage qui animait cette jeune femme lorsqu'elle apprit que le roi l'avait fait libérer. Lorsqu'elle entra dans la salle du trône, elle avait la ferme intention d'abattre ce jeune roi inutile qui lui avait fait un affront incroyable. Pourtant, en le voyant si sérieux et si attentif aux paroles de ses vassaux, elle eut encore un sentiment de pitié.

- Sire! Dit-elle sans prêter la moindre attention aux personnes qui l'entouraient. Prenez mes terres, faite de moi ce que vous voulez, ma vie n'a plus de sens si mon roi n'a plus confiance en moi.

- Allons, madame, dit le roi d'un air hautain. Vous aurais-je fais du tord?

Perclude s'était assise juste à côté de lui, comme elle en avait l'habitude. Elle ne parlait pas au roi comme un vassal parle à son suzerain. Elle s'adressait à lui comme à un égal. Le jeune âge du roi ne facilitait pas ses relations avec les autres et le fort caractère de la veuve de Pepin de Herstael avait de quoi impressionner.

- Vous m'avez fait du tord, dit-elle d'une voix ferme, en faisant libérer le Duc d'Austrasie.

- Libéré dites-vous? On vous a mal renseigné dit fébrilement Dagobert.

- Alors, j'attends vos explications.

- J'ai reçu la visite du conte de Haiseul, il m'a parlé de l'envie de Charles d'entrer en religion. Vous savez comme je suis soucieux de ces choses. J'ai donc accepté cette demande.

Plectrude se leva d'un bon. Elle était ivre de colère. - Et vous l'avez cru? Hurla-t-elle ! Mais ce chien s'est joué de vous. Vous n'êtes qu'un niait Dagobert.

Le roi était fort impressionnable, il avait pourtant, de temps en temps des crises d'autorités qui ressemblaient plus à des caprices d'enfants gâtés qu'à des réactions d'adultes responsables. Lors de ces moments, malheur à celui qui en était la victime. Car Dagobert était capable de tout.

- Madame, cria-t-il sur le même ton que Plectrude. je ne tolérerais pas plus longtemps que vous vous défiez de moi. Je suis le roi et non un de vos valets. Par conséquent, je vous saurais gré de ne plus remettre en cause mon autorité.

Madame de Herstal n'en pouvait plus! Elle saisit le roi par le col de sa tunique bleutée et s'apprêtait à le gifler. Soudain, semblant se rendre compte de ce qu'elle allait faire, Plectrude enleva sèchement sa main et quitta la salle dans un grand fracas.

- Méchant petit roi, dit elle en sortant de la grande salle du trône du château de Compiègne.

En partant, elle n'avait pas remarqué dans l'ombre de la salle qu'un homme n'avait rien raté de cette conversation. Il s'agissait d'Eudes d'Aquitaine. Le duc était un des fidèles de Charles d'Austrasie et grand rival de Plectrude.

déc. 10

La chute des Mérovingiens

Enfermé dans les douves froides et humides de son donjon situé non loin de Herstal, Charles Martel enrageait. Ce jeune homme de 29 ans venait de perdre son père et avait été mis au secret par sa belle-mère, Plectrude, afin d'être écarté de la charge de maire du palais, l'une des plus hautes fonctions du royaume Franc. Il maudissait sa mère, maudissait son père crachait tout son dégoût envers les traitres qu'ils l'avaient menés ici. Depuis deux mois qu'il était enfermé, Charles avait déjà envisagé mille et un scénarii afin de se venger de la plus cruelle des façon.

- Maudite soit cette catin de Plectrude ! Que la lèpre lui mange la face, que les cochons en fassent leur festins! Hurlait-il en tournant dans son cachot. L'homme était de bonne taille, les cheveux sombres, le front large, les traits fins, il portait la belle et longue barbe noire qu'il lui donnait facilement quelques années de plus. Bien qu'encore jeune il se tenait légèrement vouté ce qui augmentait encore son image d'homme vieux. Pourtant, lorsqu'il chevauchait son étalon ou qu'il était au combat, Charles de Herstal montrait toute sa vaillance.

La situation politique en cette époque reculée du VIII e siècle était fortement complexe. Le souverain du royaume franc était Dagobert III un tout jeune souverain qui avait tout juste quinze ans. Comme il est mineur les maires du palais se partage le pouvoir. De ces hommes avides d'argents et de pouvoirs la famille des Pepinides était la plus efficace.

Jusqu'à sa mort Pepin de Herstal était l'homme le plus puissant du royaume. Charles aurait voulu poursuivre son oeuvre et garder le pouvoir dans sa famille. Sa belle-mère en a donc décidé autrement. L'histoire aurait pu s'arrêter là, si par ce beau matin de l'an 715, Henri de Longspy n'avait pas pris fait et cause pour son ami et suzerain.

Quand il arriva au château de Herstal, Henri fut accueillit par deux hommes d'armes visiblement fatigué par une longue nuit de garde.

- Halte qui vive! Cria l'un deux.

- Je suis le conte d'Haiseul, je viens m'entretenir avec le Duc D'Austrasie.

- Madame de Herstal a formellement interdit toutes visites au Duc. Fit l'homme d'une voix ferme et en prenant bien soin de fixer son interlocuteur dans les yeux.

Le conte d'Haiseul sortit un parchemin de sa poche et le présenta au soldat. Il désigna du doigt le sceau royal qui le scellait. Il reconnu la marque de Dagobert III. Aussitôt l'attitude des deux gardes changea et ils se montrèrent très docile et respectueux. Les deux hommes emmenèrent Henri dans les donjons. Les deux gardes présentèrent leur invité surprise au geôlier à qui il fut ordonné d'ouvrir la porte de la cellule renfermant le conte Charles.

Quand les deux hommes furent enfin seul ils tombèrent l'un et l'autre dans les bras se regardant longuement comme pour inspecter que le temps n'avait laissé aucune empreinte néfaste sur eux. - Mon bon Henri, fit Charles en regardant son ami de haut en bas. Ah que je suis heureux de te voir. Mais que viens-tu faire dans ce Taudit?

- Monseigneur ! Dit Henri avec déférence. Je suis ici sous la volonté du roi. Il accepte votre demande d'entrer en religion et m'a chargé de vous servir d'escorte.

Le conte d'Austrasie eu d'abord envie d'hurler à l'infamie, jamais de son plein gré il n'entrerait en religion. Il s'apprêtait à renvoyer son ami quand il aperçût un sourire au coin de sa bouche. C'est alors qu'il réalisa.

- Sacrés coquin, aurais-tu réussi à convaincre cet imbécile que je voulais me faire moine?

- C'est exactement ça monseigneur. Vous savez comme il est influençable et pieu. J'ai réussi à le persuader que vous vous étiez repentit de vos pêchés et que vous aspiriez à prier dieu le reste de votre vie.

- Et ce niait t'as cru. Oh mon gentillet, comme tu es habilles. Charles s'était assis sur une pierre qui traînait dans le coin de sa cellule. A sa façon de se tenir et au comportement révérencieux du conte Henri, on aurait pu croire qu'il était un roi écoutait l'un de ses sujets. Il prit quelque instant avant de poursuivre sa conversation. On aurait dit qu'il échafaudait une stratégie à la vitesse de l'éclaire.

Dit-moi, poursuivit-il. Est-ce vrai ce que l'on dit? Que le royaume tout entier est au bord de l'implosion? Que Plectrude n'as plus aucun crédit et que sa déroute est proche?

Henri s'approcha de Charles et mis un genou à terre. Il porta ensuite sa droite sur son coeur et pris sa posture la plus imposante et la plus chevaleresque.

- Monseigneur, dit-il, nous, vos barons feront tout pour que ces mauvaises paroles se transforme en acte. Nous marcherons vers la mairie et vous rendrons vos places au palais.

Charles se leva et tandit son bras à son ami.

de cette rencontre au fond d'une geôle au fin fond de la Flandre, allait naitre un destin qui allait changer la face du royaume franc à jamais.